Huit pays européens, Belgique en tête, réclament une compensation financière à Israël
Huit Etats européens s'unissent pour demander des réparations à Israël après la confiscation et la démolition de structures bâties dans les territoires palestiniens occupés.
- Publié le 24-10-2017 à 19h34
- Mis à jour le 24-10-2017 à 19h43

Huit Etats européens s'unissent pour demander des réparations à Israël après la confiscation et la démolition de structures bâties dans les territoires palestiniens occupés.
L'initiative est inédite. Dans une lettre adressée à l'Etat d'Israël, huit pays européens demandent une réparation financière de 30.000 euros après la confiscation d'équipements et la démolition de structures qu'ils avaient financés dans la zone C de la Cisjordanie, sous contrôle israélien.
Depuis le début de l'année 2017, 72 structures palestiniennes financées par l'Union européenne ou par ses Etats membres (soit 22% du total) ont été détruites par les autorités israéliennes, sous prétexte qu'elles n'avaient reçu d'autorisation préalable. Celle-ci est presque impossible à obtenir.
La réaction des Etats européens était jusqu'alors nationale. Une demande conjointe de compensation est donc une première. La Belgique en serait l'initiatrice : la France, l'Espagne, la Suède, le Luxembourg, l'Italie, l'Irlande et enfin le Danemark ont suivi.
Au mois d'août, le Ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, et celui de la Coopération au développement, Alexander De Croo, avaient condamné la destruction d'une école à Jubbet Al Dib, dans le sud de la Cisjordanie, financée par des bailleurs internationaux, dont la Belgique, ainsi que la confiscation de panneaux solaires dans la localité proche d'Abou Nwar, subventionnés par la Coopération belge. "La Belgique a mené de nombreuses démarches afin d'éviter ces confiscations et démolitions, et le message sur l'illégalité de ces actes a été clairement rappelé aux autorités israéliennes. Des explications seront demandées au gouvernement israélien et des compensations seront également demandées", prévenait un communiqué émis par la chancellerie belge.
Cet été, des représentants européens sur place avaient également rencontré la directrice générale adjointe pour l'Europe au ministère des Affaires étrangères israélien, Rodica Radian-Gordon, pour protester contre les dernières mesures coercitives d'Israël en zone C (60% de la Cisjordanie). Au cours de la réunion, l'ambassadeur de Belgique en Israël, Olivier Belle, aurait évoqué la possibilité d'une demande collective de compensation, rapporte le quotidien israélien Haaretz.
Depuis, "le processus suit son cours comme annoncé", affirme Didier Vanderhasselt, le porte-parole du Service public fédéral belge (SPF) Affaires étrangères. Un rendez-vous avec le Ministère des Affaires étrangères à Tel Aviv devrait être prochainement fixé "pour effectuer concrètement cette démarche" laquelle est "soutenue de manière solidaire par tous les Etats-membres qui financent le consortium (WBPC) et l'Union Européenne", poursuit-il.
Les Etats signataires de la lettre sont, en effet, les bailleurs d'un consortium humanitaire européen intervenant auprès des communautés menacées de déplacement forcé en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est, dans le cadre de l'occupation israélienne. Les communautés bédouines sont particulièrement exposées à la pratique israélienne de transfert forcé de population, contraire aux conventions de Genève. De son côté, le service de la Commission européenne à l'aide humanitaire et à la protection civile (ECHO) organise, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, une aide humanitaire pour répondre aux besoins fondamentaux des Palestiniens. En 2017, le montant de l'aide humanitaire délivré par l'UE s'élève à 20 millions d'euros.
Même si somme exigée est modeste, rien ne dit que l'initiative européenne aboutira. En général, Israël rejette toute demande de compensation. D'autant qu'il considère l'activité européenne en zone C comme illégale car non coordonnée avec son Administration civile. Or c'est dans cette zone que les communautés sont les plus vulnérables et que les besoins sont les plus criants. Et l'Etat hébreu, puissance occupante, ne répondant pas à ses engagements du point de vue du droit international, les Etats européens prennent donc le relai humanitaire.