International

Le spectre de l'extrême droite hante-t-il l'Europe occidentale ? Depuis deux ans, comme attendu dimanche lors des législatives en Suède, les partis nationalistes progressent, voire accèdent aux marches du pouvoir, nourris par des inquiétudes économiques, identitaires et de défiance envers la politique traditionnelle.

L'extrême droite au pouvoir

ITALIE

La Ligue de Matteo Salvini est au pouvoir à la faveur d'une coalition jugée au départ improbable avec le Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème), alors qu'elle n'avait recueilli que 17% des voix aux législatives.

Au sein de ce gouvernement formé le 31 mai, l'ex-Ligue du Nord, qui a abandonné ses idéaux sécessionnistes pour adopter un discours anti-euro et anti-immigration, obtient sept ministères, dont l'Intérieur, attribué à Matteo Salvini.

Pour les politologues transalpins, le succès de la Ligue, y compris au Sud, est notamment dû à ses promesses de bloquer les ports aux migrants, baisser les impôts ou d'interdire la construction de mosquées.

La personnalité de l'omniprésent Matteo Salvini, dont la communication emprunte parfois à celle de Donald Trump, a permis au parti une ascension fulgurante: la Ligue est désormais créditée de 30% d'intentions de vote, devant toutes les autres formations.

AUTRICHE

Le Parti de la liberté (FPÖ) est revenu au pouvoir en s'alliant avec le parti conservateur ÖVP de Sebastian Kurz, le Chancelier, après avoir obtenu 26% aux législatives d'octobre 2017.

Cette formation compte 6 ministres, dont trois régaliens - Défense, Affaires étrangères et Intérieur - et le poste de vice-Chancelier, attribué au chef du FPÖ, Heinz-Christian Strache.

Pour les observateurs, le plébiscite de l'extrême droite s'analyse comme "défensif" dans un pays parmi les plus prospères d'Europe, bien que particulièrement touché par la vague migratoire de 2015.

Le FPÖ a certes recentré son image et remisé son discours europhobe, mais conservé un discours très anti-migrants - dans un pays où "le travail de mémoire" sur les crimes nazis reste "tardif et incomplet", rappelle le politologue Matthias Falter.

L'extrême droite en embuscade 

SUEDE

Le parti des Démocrates de Suède, crédité de 20% des voix, pourrait devenir le deuxième parti du pays lors des élections législatives de dimanche.

Cette formation, qui avait à l'origine des liens étroits avec les néonazis, puise aux sources du "nationalisme ethnique", aspirant à "renforcer l'homogénéité ethnique" du pays, explique le sociologue Jens Rydgren.

Ses électeurs, majoritairement des hommes de la classe ouvrière, perçoivent l'immigration comme "une menace économique et culturelle" et ont "moins confiance" dans les institutions et les médias, selon lui.

FRANCE

La présidente du Rassemblement national (ex-Front national), Marine Le Pen, a échoué à la présidentielle de mai 2017 mais est parvenue au second tour où elle a engrangé un record de 34% de voix.

"La question identitaire - et pas seulement de l'immigration - est centrale" dans ce vote, selon le politologue Jean-Yves Camus. Outre "une défiance vis-à-vis de la politique", "il y a un raidissement d'une partie de la population sur la compatibilité de l'islam avec la culture française".

L'extrême droite dans la rue 

ALLEMAGNE

La ville de Chemnitz (Saxe) a été le théâtre cet été de multiples manifestations à l'appel de l'extrême droite, à la suite du meurtre d'un Allemand pour lequel deux demandeurs d'asile ont été mis en cause.

Dans les urnes, l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) a fait une percée significative aux législatives de septembre 2017, obtenant 12,6% des voix et 92 députés.

Ses plus hauts scores ont été obtenus en ex-Allemagne de l'Est (22%), pour des "raisons culturelles et économiques", selon le politologue Klaus-Peter Sick. "En RDA, moins ouverte sur le monde, les gens n'étaient que peu confrontés à des étrangers" et "la culture du débat, du conflit ne s'est pas faite".

L'Est est aussi davantage touché par le chômage, nourrissant un "sentiment de déclassement important".

L'extrême droite dans les consciences

ETATS-UNIS

Donald Trump a gagné grâce à l'alliance de l'alt-right ("droite alternative") américaine et des caciques du Parti républicain.

Son ancien stratège et ancien patron du site d'extrême droite Breitbart, Steve Bannon, affirme être à l'origine des idées d'un mur à la frontière mexicaine ou du "Muslim ban", qui vise à interdire l'entrée des Etats-Unis aux ressortissants de six pays musulmans.

M. Bannon entend désormais diffuser ses idées en Europe, notamment par une fondation basée à Bruxelles.

RUSSIE

La Russie n'a pas manqué de soutenir plusieurs de ces partis: Vladimir Poutine s'est rendu au mariage de la cheffe de la diplomatie autrichienne, Karin Kneissl (FPÖ), et avait reçu Marine Le Pen pendant la campagne présidentielle de 2017.

AUTRES PARTIS

Des partis conservateurs en Europe, surtout à l'Est, se sont radicalisés et ont repris ces discours anti-migrants.

En Hongrie, le parti Fidesz du Premier ministre Viktor Orban a adopté une ligne dure anti-immigration et autoritaire. Si bien que le parti d'extrême droite Jobbik, deuxième force du Parlement, a abandonné ses slogans racistes et antisémites pour se recentrer sur la corruption et l'éducation.