International rage et courage

La voix est lente et basse, la diction précise, le vocabulaire recherché et incisif, soutenu par un regard direct. Biram Abeid, 48 ans, descendant d’esclaves et fils d’affranchis, n’accepte pas l’indifférence du monde face à la persistance de ce crime dans son pays - ainsi qu’ au Mali, au Niger, au Burkina, au Tchad, au Soudan, en Egypte, en Libye, au Yémen, en Arabie saoudite et au Brunéi, selon les associations anti-esclavagistes internationales.

Confronté à l’impossibilité de faire des études en raison de leur coût en Mauritanie, Biram Abeid a ."travaillé dix ans comme employé; ce que j’ai épargné m’a permis de partir au Sénégal faire des études". De retour au pays, il milite au sein de "SOS Esclaves". Créée en 1995 (la première ONG de ce type, El Hor - l’homme libre - l’avait été en 1978), cette organisation "s’appuie sur la dénonciation de l’esclavage par voie de presse" et reste un mouvement "de cadres", explique M. Abeid. "Avec sept amis, nous l’avonc donc quittée en 2008 pour créer "Initiative de la résurgence anti-esclavagiste" (IRA), parce que nous trouvions les deux autres mouvements trop mous. Nous voulons une organisation de lutte populaire ".

Pour l’IRA, le combat contre l’esclavage "ne peut avancer sans une remise en cause du code mauritanien, l’Abrégé (voir ci-contre ), ce qui exige de diminuer le pouvoir des religieux, tous Arabo-Berbères en Mauritanie, sur la société. Il faut s’attaquer à leur autorité parce qu’ils sont des actionnaires majoritaires du système esclavagiste, qu’ils justifient par la religion".

C’est ce qui a poussé l’IRA à brûler publiquement, le 27 avril 2012, un exemplaire de l’Abrégé - action politique qui vaut à Biram Abeid d’être poursuivi en justice, où il est passible de la peine de mort pour apostasie, atteinte aux préceptes de l’islam et à la sécurité de l’Etat. Des manifestations ont eu lieu pour réclamer la punition de l’IRA et les imams ont appelé à l’exécution du militant anti-esclavagiste. Le président Aziz (issu d’un coup d’Etat militaire) "a dit publiquement que nous méritions la peine de mort. Cela a été le déclic pour la communauté haratine, qui est descendue massivement dans la rue, pendant des mois, pour annoncer sa révolte si nous étions condamnés à de lourdes peines. Le gouvernement nous a alors mis en liberté provisoire".

Pour aider l’IRA: verser sur le compte de son partenaire, UNPO, avec la mention "IRA Mauritanie", Iban NL80ABNA0500512145, BIC ABNANL2A