"Il y a tant de morts en Grèce. On n'arrive pas à y croire"
- Publié le 24-07-2018 à 21h49
- Mis à jour le 25-07-2018 à 10h16

Attisés par le vent, de violents incendies ont ravagé la zone balnéaire sur la côte est de l'Attique. On dénombre 74 victimes piégées par les flammes, dont un vacancier belge. Un bilan toujours provisoire. Les villes de Rafina et de Mati ont été dévastées.A Mati, la station balnéaire qui compte le plus de victimes, c'est l'incompréhension totale. La ville n'offre plus qu'un spectacle de désolation. A côté d'habitations intactes, on découvre côte à côte des rangées de maisons totalement détruites par les flammes. La rue principale est jonchée de dizaines de voitures calcinées que la mairie essaie d'évacuer "pour que la vie reprenne son cours", expliquent les volontaires qui distribuent des bouteilles d'eau. Ici et là, au sol, les cadavres d'animaux calcinés : oiseaux, hérissons, un écureuil… Partout règne une odeur acre de fumée. Les habitants ne la supportent plus et circulent avec des masques collés au visage.
Les voisins se parlent sur le pas de leur porte. Ceux qui ont toujours leur maison essaient de réconforter ceux qui ont tout perdu. Et c'est dur. "Que puis-je leur dire ?" nous prend à témoin une dame âgée, le regard un peu perdu. "J'ai cru que c'était la fin du monde, explique-t-elle. On ne voyait rien. Il n'y avait que de la fumée partout."
Juste à côté de sa maison, l'hôtel Ramada paraît flambant neuf. Pas une trace de fumée sur sa devanture. Il a pourtant été évacué par la préfecture. Les derniers touristes partaient ce mardi. "Hier, nous avons logé plus de 400 personnes", raconte Démosthène, le portier qui monte la garde et distribue de l'eau à qui en demande. "La plupart avec des brûlures aux mains ou aux pieds. Nous les avons gardées ici dans le hall, dans les chaises longues autour de la piscine sur la plage. Partout où il y avait de la place car l'hôtel était plein de touristes. On s'en est occupé jusqu'à ce que les garde-côtes les évacuent par la mer ce matin."
Il secoue la tête : "Il y a tant de morts. On n'arrive pas à y croire. Ici, c'était comme la guerre. Mais on s'en relèvera, vous verrez." De fait, tout est fait pour panser les plaies de l'Attique décrétée en état d'urgence. L'armée est en alerte maximale. Les réservistes sont envoyés arpenter les zones dévastées pour éviter les pillages et localiser les dizaines de personnes encore disparues. L'urgence est aussi de faire redémarrer le pays totalement sous le choc. C'était d'ailleurs le sens du message à la nation adressé par le Premier ministre Alexis Tsipras lorsqu'il a décrété trois jours de deuil national. "Ce deuil, a-t-il souligné, ne doit pas nous abattre. L'heure est à la lutte, à l'union et à la solidarité car c'est seulement ainsi, tous ensemble que nous pourrons dépasser cette tragédie."
La crainte d'un nouveau départ de feu
Actuellement les températures ont baissé et les vents ont cessé de souffler aussi fort. Mais les Canadair continuent leur ballet incessant au-dessus des régions incendiées pour éviter qu'une étincelle ne fasse redémarrer un feu.
"C'est notre hantise", lâche Giorogos, un pompier qui se repose sur le bas-côté de la route avec son unité. Comme les autres équipes de secours, ils vont rester une nuit de plus sur place.
Toute la journée, les Grecs ont espéré que des survivants seraient localisés, mais seul des corps carbonisés ont été retrouvés. Vingt-six personnes ont ainsi été retrouvées, enlacées par petits groupes, dans une ultime tentative pour se protéger les unes les autres. Les adultes avaient recouvert de leurs corps ceux des enfants pour essayer de leur éviter le pire. Ils sont morts à quelques dizaines de mètres de la plage qu'ils n'ont pas pu atteindre. Preuve, s'il en est, de la violence des flammes.
Désormais, c'est la course contre la montre. Il faut reloger ceux qui ont tout perdu, plus de mille maisons ont en effet flambé dans les municipalités de Rafina et de Mati. Il faut aussi les nourrir, évacuer les touristes, ne pas perdre la saison touristique, éviter les pillages et surtout trouver les disparus.
Des centres de solidarité et d'accueil ont été dressés un peu partout dans les régions sinistrées, avec des aides psychologiques pour les survivants.
En 2007, déjà…
Mardi en fin d'après-midi, une polémique a éclaté sur l'organisation des secours. Ceux-ci sont certes arrivés très vite et personne ne remet en cause le dévouement des pompiers et des garde-côtes qui ont évacué plus de 700 personnes, mais nombreux sont ceux qui soulignent que les leçons des terribles incendies de 2007 n'ont pas été retenues.
Le débroussaillage n'est toujours pas obligatoire, l'assurance incendie pour les maisons non plus. Quand les gens perdent leur habitation, ils perdent donc tout. Ce qui les pousse à tenter de la sauver à tout prix et à prendre des risques face à l'avancée des flammes. Ils restent jusqu'au dernier moment et, quand ils veulent s'enfuir, c'est déjà trop tard. Quand on interroge les sinistrés, ils nous répondent : "Vous venez d'un pays où l'Etat fonctionne. Ici, c'est chacun pour soi. Les gens qui ont tout perdu dans les incendies de 2007 n'ont toujours pas été indemnisés."