Il y a un an, le monde arabe se levait...

V.V.Vy Publié le - Mis à jour le

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Il y a un an jour pour jour, Mohammed Bouazizi s'immolait devant la préfecture de la ville de Sidi Bouziz. Les autorités lui avaient confisqué sa carriole de fruits et légumes, son seul et maigre gagne-pain, malgré le diplôme universitaire qu'il avait en poche. Chômage, précarité, injustice. Las, il mettait fin à ses jours comme signe ultime de désespoir.

Mohammed Bouazizi deviendra vite le symbole de tout un peuple, les habitants de sa ville s'appropriant son indignation. Puis ailleurs, tel une onde de choc, touchant bientôt l'ensemble des pays du Maghreb et du Proche-Orient. Du Maroc à la Syrie, les régimes en place allaient être égratignés, bousculés voire renversés par des peuples assoiffés de démocratie et de justice. Affamés de respect et de dignité.

Les soulèvements populaires, portés par la jeunesse auront fait tomber, comme un jeu de domino, les autocrates. Ben Ali, Moubarak puis Kadhafi allaient ainsi quitter les fauteuils dorés qu'ils s'étaient construits, au fil des décennies passées, arbitrairement, au pouvoir. Aujourd'hui, le président syrien Bachar Al-Assad, considéré jadis comme un autocrate moderniste et à ce titre jugé fréquentable par l'Occident, réprime toujours l'opposition civile dans le sang.

Retour sur une année de révoltes, devenues révolution.

Tunisie, épicentre de l'onde de choc

Il fallu un mois de protestations quotidiennes à travers la Tunisie pour que Zine El Abidine Ben Ali se mette en retrait d'un pouvoir qu'il s'était accaparé, à coups de réélections douteuses, pendant 20 ans. Trente jours pour voir le despote abandonner les richesses accumulées, pour que le "clan Ben Ali", dont les membres étaient placés en bonne place dans la pyramide politique, économique et militaire, batte en retrait.

Le président tunisien déchu, ayant orchestré sa fuite vers l'étranger, sera finalement condamné par contumace à cinq ans de prison, notamment pour des actes de torture, par la justice militaire de son pays. Depuis lors, des élections démocratiques ont eu lieu.

Égypte: la chute du Raïs

En Égypte, la place Tahrir (Liberté), symbole de la protestation populaire, ne porta jamais aussi bien son nom qu'en ce 11 février, qui vit l'armée annoncer le départ de Hosni Moubarak, depuis 30 ans à la tête du pays.

La victoire du peuple ne se fit cependant pas sans victimes. Dès les premiers jours de manifestation, le Raïs ordonna à la police de tirer à balles réelles sur la foule. Ses hommes réprimèrent les manifestants dans la violence, faisant de nombreux morts et blessés, sous le regard consternés de la communauté internationale.

Exilé dans sa prison dorée de Sharm El-Sheikh, Moubarak sera finalement remis aux mains de la justice, inculpé pour meurtre et corruption. Lors de son procès, il apparut diminué, couché sur un lit derrière les barreaux. Mise en scène ? Toujours est-il que le Pharaon a déposé ses dernières armes.

Preuve de l'avènement démocratique, le premier tour d'élections législatives a eu lieu. Les Frères musulmans (illégaux sous Moubarak) et les salafistes en sont sortis grands vainqueurs et s'affichent désormais comme favori du scrutin. Cela dit, aujourd'hui comme hier, l'armée est toujours détentrice d'un grand pouvoir, venant contrecarrer la volonté du peuple de prendre son destin en main. Ces derniers jours, la place Tahrir a été le théâtre de nouvelles manifestations, réprimées violemment par l'armée et ce, en plein processus électoral.

Libye: le colonel déchu

Mouammar Kadhafi s'est accroché au pouvoir et ce, malgré la résistance de l'opposition et l'appui de l'OTAN. C'est en effet le seul pays dans lequel les forces internationales sont intervenues, venant en aide aux rebelles, appuyant par ailleurs les forces politiques de l'opposition regroupées en sein du Conseil National de Transition (CNT).

Le Colonel Kadhafi sera resté 40 années au pouvoir. 40 années de règne contrasté. Tantôt ami, tantôt ennemi de l'Occident, au gré des intérêts de chacun... Le guide, qui aura clamé jusqu'à la fin avoir le soutien de "son" peuple, celui qui aura venté la grandeur de sa "Jamahirya" sera finalement mort, lynché par les siens (la CPI évoque un "crime de guerre"), à la suite d'une longue traque. Son fils, Saïf Al-Islam, est aujourd'hui entre les mains de la Cour Pénale Internationale (CPI).

Syrie, la sanglante répression

La Syrie suit la voie de la répression violente de la Libye. Bachar Al-Assad, refusant de se retirer, tire à vue sur ses opposants, à Homs, siège de la lutte, comme ailleurs. On dénombre au jour d'aujourd'hui 5000 victimes parmi les civils.

Considéré jusque là par les Occidentaux comme quelqu'un de fréquentable, Bachar Al-Assad "réprime implacablement d’une main et donne l’illusion qu’il réforme de l’autre", écrivait Vincent Braun, en août, dans les colonnes de la Libre Belgique.

L'Union Africaine a demandé à la Syrie de pouvoir envoyer des observateurs alors que, de son côté, l'UE a fermement condamné la répression. Mais ces organisations n'ont que peu de marge de manœuvre et dépendent fortement des décisions prises à l'ONU. Jusqu'à présent, la Russie et la Chine, membres permanents du Conseil de Sécurité et alliés de la Syrie, rechignent à sanctionner le régime Al-Assad.

Les citoyens de Barheïn et du Yémen font également partie de ces peuples révoltés du printemps arabe. Leur dirigeants restent cependant hermétiques aux changements. Ces soulèvements populaires ont par ailleurs poussé Mohammed VI au Maroc et Bouteflika en Algérie à procéder à des réformes. Des élections sont prévues dans ces deux pays.

Les réseaux sociaux

Les révolutions arabes portent la marque de son temps; les réseaux sociaux et les nouveaux médias y auront occupé une place prépondérante. Twitter, Facebook. Caméras, téléphones portables. Tous les moyens de communications ont été utilisés comme fenêtre du monde sur ces soulèvement internes.

Le processus démocratique en marche

En Occident, la peur de l'Islamisme revient régulièrement hanter les esprits et les discours politiques. L'arrivée au pouvoir des Frères Musulmans en Égypte et du parti Ennahda en Tunisie provoquent quelques préoccupations. Pourtant, ces partis se revendiquent d'un "islamisme modéré" dans la lignée de l'AKP turque. Présents dans les domaines sociaux de la vie quotidienne tout en prêchant la bonne parole, ils séduisent une frange importante de la population.

L'Occident se devra de supporter les processus démocratiques en marche dans la région. Il ne pourrait plus s'accommoder des "inconvénients" des régimes en place pour préserver un certaines idée de stabilité dans la région. Il ne pourrait plus utiliser les despotes en guise de remparts contre le "péril vert".

A l'heure où les peuples arabes s'apprêtent à célébrer la première année de leur printemps, l'Occident réalise que la démocratie n'est pas sa chasse gardé...

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