International Entretien

Le chef de la Mission des Nations unies en République démocratique du Congo (Monuc), le diplomate britannique Alan Doss, est à Bruxelles pour solliciter l’appui de l’Union européenne aux efforts de pacification dans l’est du Congo. Rencontre.

Les violences de la part des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) ont repris dans l'est du Congo. Cela signifie-t-il que l'opération militaire congolo-rwandaise menée en janvier et février a échoué ?

Je ne sais pas si "reprise" est le mot qui convient parce que la violence n’a jamais cessé. L’opération conjointe a été avant tout le reflet du rapprochement politique très important entre le Congo et le Rwanda. En vertu des objectifs qu’ils avaient définis, elle a réussi : écarter les FDLR des concentrations de population, des points stratégiques, couper les liens avec certaines infrastructures économiques, les repousser dans les forêts.

Bien sûr, elle n’a pas mis fin aux FDLR. Mais ce n’est pas surprenant parce qu’ils sont présents depuis longtemps ; ils connaissent bien le terrain Ce n’est pas une affaire de deux-trois semaines ; cela va prendre du temps.

L'armée congolaise et la Monuc ont pris le relais de cette opération. Pensez-vous que la Monuc a suffisamment de moyens pour stabiliser la région ?

Nous avons demandé des renforts. Le Conseil de sécurité les a approuvés il y a plus de six mois. Nous n’avons pas encore commencé les opérations au Sud-Kivu et en Ituri, où heureusement la situation s’est grandement stabilisée. Mais on a décidé d’aller de l’avant avec ce que l’on a. On ne peut pas toujours attendre que tous les éléments soient en place. Il est trop tôt pour dire que nous n’avons plus besoin de renforts. Il y a encore des conflits mais j’espère que nous sommes sur la voie de la stabilisation. Surtout au Nord-Kivu, il y a des zones qui sont beaucoup plus sûres qu’il y a quatre, cinq mois.

L'accord du 23 mars avec la rébellion du Conseil national pour la défense du peuple (CNDP) a connu une concrétisation mercredi soir avec le vote par le Parlement de Kinshasa d'une loi d'amnistie. Le processus va-t-il dans le bon sens ?

Cet accord est important parce qu’il a, en quelque sorte, codifié plusieurs accords antérieurs.

Avec cet accord, on a tiré un trait sur la rébellion du CNDP. Cela l’a autorisé à devenir un parti politique. Mais il reste beaucoup à faire. Et je suis content que le Comité national de suivi ait été établi, certes avec retard, et qu’il se soit réuni pour la première fois cette semaine. Avec la présence, à Kinshasa, des dirigeants du CNDP. Quand on pense où on en était il y a six mois, c’est inimaginable.

Des critiques ont été émises en Belgique, à propos de la Monuc, sur le fait que des pays contributeurs refusent que leurs troupes fassent usage de la force alors que leur mandat le leur permet. Cela handicape-t-il votre action ?

Nous sommes là. Les troupes de ces pays sont en première ligne. En septembre, octobre, novembre et encore récemment, ils ont utilisé la force pour protéger des populations. Nous avons révisé nos règles d’engagement ; nous avons renforcé le mandat de l’Onu. Sous le chapitre VII, l’usage de la force est autorisé mais avec des conditions ; il ne s’agit pas d’une autorisation sans contrôle. La force doit toujours être un dernier recours. Tout récemment, on a dû tirer sur les FDLR, en appui de l’armée congolaise. On a tiré sur les troupes du CNDP, sur les Maï-Maï, sur les Pareco ; on a dû utiliser la force pour contraindre parfois les FARDC quand elles pillaient. Et le gouvernement était d’accord.

Tous ceux qui nous critiquent ne sont pas là, sur le terrain. Mais la force, seule, n’est pas la réponse.