International Meurtre ou "gâchette facile" ? La police israélienne poursuit son enquête sur la mort d’un juif tué par un garde de sécurité, vendredi, près du mur des Lamentations à Jérusalem. L’incident a en tout cas mis en lumière non seulement la nervosité latente dans les lieux sensibles où les forces de l’ordre israéliennes s’attendent à des attaques palestiniennes, mais aussi le rôle problématique joué parfois par les agents des sociétés de gardiennage privées.

L’incident s’est passé tôt le matin, à l’heure où, comme à chaque veille de chabbath, des centaines de fidèles juifs affluaient pour se recueillir dans ce haut-lieu du judaïsme, vestige présumé du Temple de Salomon. A la même heure, chaque vendredi, les forces de l’ordre israéliennes - police et gardes privés - y sont particulièrement vigilantes. Car, juste au-dessus du Mur, se trouve l’esplanade des mosquées d’Omar et El Aksa, haut-lieu de l’islam, qui accueille elle aussi des milliers de fidèles. L’ensemble du site représente la plus importante pomme de discorde israélo-palestinienne à Jérusalem.

Interrogé par la police, le garde, 25 ans, habitant du nord d’Israël, a d’abord expliqué qu’il avait tiré sur l’homme, Doron Ben Chlouch, Hiérosolymitain de 46 ans, parce qu’il l’avait pris pour un terroriste palestinien. Il l’aurait entendu crier "Allah ou’akbar" - "Allah est le plus grand", ce qui est généralement le cri d’assaut d’assaillants palestiniens. Ben Chlouch aurait également sorti quelque chose de sa poche que le garde aurait pris pour une arme. La victime est décédée sur place.

Mais des fidèles juifs, qui connaissaient Ben Chlouch, ont témoigné qu’il était un sans-abri "inoffensif", habitué du Mur et quelque peu "excentrique". Ils se demandent pourquoi, au lieu de tirer des coups de semonce, le garde a immédiatement tiré une rafale de balles directement dans le corps de la victime. Selon le site israélien en ligne "Walla", qui cite des camarades du garde, celui-ci aurait eu en fait une altercation avec Ben Chlouch qui l’aurait injurié et menacé de mort. La police n’exclut donc pas la préméditation, et le tribunal de paix à Jérusalem a prolongé l’état d’arrestation du garde. Depuis, ce dernier garde le silence.

Des gardes insuffisamment entraînés

Il faut dire que l’on trouve des gardes privés partout en Israël. Il y existe actuellement 400 sociétés de gardiennage, qui emploient quelque 34 000 hommes et femmes. Etoffant le dispositif de la police nationale qui n’a que 28 000 agents, embauchées par l’État et par des institutions privées, ces sociétés assurent la sécurité dans et autour des lieux privés autant que publics et gouvernementaux. Ce sont leurs gardes qui inspectent les sacs de chaque visiteur - voire les visiteurs eux-mêmes - à l’entrée des ministères, centres commerciaux, grands magasins, banques, théâtres, cinémas, cafés, restaurants, gares routières et ferroviaires, aéroports, hôpitaux, écoles. Parfois même à des postes de contrôle en territoire palestinien.

Mais selon une récente enquête du quotidien israélien "Ma’ariv", nombreux de ces gardes sont insuffisamment entraînés. Et en tout cas, des dizaines de milliers d’entre eux amènent leur arme à la maison, contrairement au règlement. Ce qui accroît sensiblement le risque de crimes privés. Les cas se sont multipliés ces dernières années, où des gardes ont utilisé leur arme de service pour assassiner leur épouse ou d’autres proches. Et parfois aussi, pour se suicider par la suite.