Israël s'apprête à bombarder l'Iran

V.Van Vyve avec AFP Publié le - Mis à jour le

International

Benjamin Netanyahu prendra-t-il la décision de bombarder les installations nucléaires iraniennes, soupçonnées de dépasser le simple programme nucléaire civil au profit de visées militaires ? Seule puissance nucléaire -officieuse- de la région, l'Etat hébreu considère que son existence serait menacée si Téhéran disposait de la bombe atomique.

Si Mahmoud Ahmadinejad, le président iranien, qualifiait cette éventualité de "stupide", elle semble pourtant être plus que dans l'air. On en veut pour preuves les récentes déclarations et actions du gouvernement israéliens, ainsi que leur pendant de réactions contestataires.

Les préparatifs vont bon train

Israël a donc, en amont d'une éventuelle attaque qui "pourrait durer 30 jours", préparé sa population, a affirmé le représentant de la Défense passive, Matan Vilnaï. Pour l'heure, des kits antichimiques et bactériologiques sont disponibles pour plus de la moitié de la population israélienne. L'armée a par ailleurs terminé, ce jeudi, de tester un système d'alerte par messages SMS pour prévenir la population en cas d'attaques de missiles, envoyant des messages sur les téléphones portables des habitants de Jérusalem et d'autres villes, a rapporté une porte-parole de l'armée. (Précisons que le test ne concerne pas la ville même de Nazareth, première ville arabe d'Israël).

Il a par ailleurs tenté de rassurer les inquiets en vantant le degré de préparation tant de la force militaire que de la population civile: "Il n'y a aucune raison d'être hystérique. Jamais auparavant, le front intérieur n'a été aussi bien préparé", a déclaré le ministre sortant au quotidien Maariv alors qu'une partie de la presse israélienne avait dénoncé cette semaine l'impréparation de la défense civile en cas de conflit avec l'Iran.

"Israël s'est préparé au scénario d'une guerre de 30 jours" qui pourraient faire quelque 500 morts "voire davantage, ou moins". Ce serait là le risque estimé pour ce qu'Israël estime être sa sécurité. Par ailleurs, Matan Vilnai a levé un coin du voile de la stratégie militaire, évoquant la possibilité de "plusieurs fronts", dans une allusion au Hezbollah libanais allié de Téhéran et au Hamas palestinien de la bande de Gaza.

Selon la presse israélienne, Benjamin Netanyahu et son ministre de la Défense Ehud Barak souhaitent que ces attaques se déroulent avant l'élection présidentielle américaine de novembre.

La question demeure toutefois de savoir si l’État hébreu s'engagera dans un conflit sans son allié américain. Le secrétaire américain à la Défense Leon Panetta, se voulant rassurant, a lui-même déclaré mercredi qu'il ne pensait pas qu'Israël ait pris une décision définitive. Il a cependant souligné que la décision lui appartenait, en tant que "pays souverain". Israël peut compter sur des ressources technologiques à la pointe, à savoir son système de défense antimissile Arrow II, soutenu par les Etats-Unis contre l'Iran, la Syrie et d'autres ennemis dans la région.

Selon Charles Enderlin, journaliste français, qui l'annonce sur Twitter, "la plupart des ex patrons des services et de l'état major sont persuadés que Bibi (sic) et Barak (Ndlr Ehoud Barak) veulent y aller".

Mouvements contestataires

Une pétition circule parmi les pilotes des forces de défense (IDF) et les universitaires. Ils sont 400, d'après le quotidien de gauche Haaretz, à l'avoir signée jusqu'à présent, appelant les pilotes de chasse à refuser de mener une attaque unilatérale.

Dans ce texte à l'adresse de Benjamin Netanyahu, l’instigateur de la pétition, le professeur de droit Menachem Mautner Gans, explique qu'une attaque contre l'Iran serait "une grave erreur" aux conséquences "sérieuses et considérables" et prévient qu'Israël, comme ses soldats, pourraient se rendre coupables de crime de guerre.

L'opinion publique n'est en majorité pas favorable à une action militaire menée seul contre le puissant régime iranien. Selon un sondage publié jeudi, 61% des juifs israéliens s'opposent à une attaque contre l'Iran sans l'accord des Etats-Unis.

Publié par le groupe de réflexion indépendant Israel Democracy Institute (IDI), le sondage montre en outre que 57% des personnes interrogées sont convaincues qu'en évoquant une attaque éventuelle Israël cherche surtout à faire pression sur les Etats-Unis pour les pousser à agir contre l'Iran. "La plupart des juifs israéliens (56%) ne croient toujours pas qu'Israël attaquera l'Iran dans un avenir proche sans la coopération des Etats-Unis".

Selon le IDI, ce sondage a été réalisé par l'institut Dahaf les 7 et 8 août sur un échantillon de 516 personnes les 7 et 8 août, avec une marge d'erreur de 4,5%.

En outre, à l'image de commentateurs israéliens, certains se montrent sceptiques sur la réelle volonté d'Israël à mener ces attaques.

Une voix dissidente s'est faite entendre. Et non des moindre puisque c'est celle du président Shimon Peres. Bénéficiant d'une forte popularité en Israël et à l'étranger, il avait affirmé dans des interviews, jeudi soir, qu'il était "clair" qu'Israël ne pouvait pas attaquer l'Iran sans l'aide des Etats-Unis.

Ces déclarations ont provoqué une polémique dont les médias et les commentateurs se faisaient vendredi largement l'écho. "Peres a oublié qu'il a fait dans le passé au moins trois erreurs cruciales concernant la sécurité nationale. Il s'est trompé en pensant que les accords d'Oslo (avec les Palestiniens) permettraient de créer un nouveau Moyen-Orient (...) il s'est trompé en pensant qu'il y aurait la paix à Gaza après le retrait israélien (...) il a fait sa plus grosse erreur en 1981 lorsqu'il s'est opposé à la destruction du réacteur irakien mais heureusement le Premier ministre Menahem Begin n'a pas tenu compte de son avis", y déclarent des proches du Premier ministre.

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