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Giuseppe Conte, chargé de former le gouvernement italien, peinait vendredi pour boucler la composition de son équipe, qui semblait bloquer sur le titulaire des Finances au milieu d'âpres négociations au sein de l'alliance entre antisystème et extrême droite.

Après une nouvelle journée de discussions, M. Conte est retourné voir le président Sergio Mattarella en fin d'après-midi pour lui rendre compte "de manière informelle", et non lui présenter sa liste définitive, selon les agences de presse italiennes.

A la mi-journée, il s'est enfermé plus d'une heure avec Luigi Di Maio et Matteo Salvini, les chefs de file du Mouvement Cinq Etoiles (M5S, antisystème) et de la Ligue (extrême droite).

"Matinée de travail très profitable. Nous sommes en train de travailler pour donner un gouvernement du changement à ce pays", a-t-il écrit sur sa toute récente page Facebook. Une photo le montre discutant sourire aux lèvres avec les deux dirigeants, assis côte à côte face à lui.

Après avoir rencontré jeudi des élus de tous les partis représentés au Parlement, il avait promis de consacrer sa journée à l'élaboration de son gouvernement. "Les ministres que je proposerai seront des politiques", avait-il assuré.

L'exercice est compliqué pour ce juriste de 53 ans, absolument novice en politique et totalement inconnu en Italie il y a encore quelques jours, choisi par le M5S et la Ligue parce qu'aucun camp n'acceptait de voir le chef de l'autre diriger le gouvernement.

Selon les médias, M. Salvini devrait devenir ministre de l'Intérieur, tandis que M. Di Maio prendrait la tête d'un grand ministère du Développement économique et du Travail.

Mais le nom qui pose le plus de problèmes est celui sur lequel la Ligue insiste pour le portefeuille stratégique de l'Economie et des Finances: Paolo Savona, un ancien ministre de 81 ans, vieux routier des milieux financiers aux positions critiques sur l'évolution de l'UE et sur l'euro.

M. Salvini défend bec et ongles le choix de cette "personnalité éminente, reconnue, appréciée", au point d'avoir provoqué la colère du président Sergio Mattarella: "pas de veto mais pas de diktat", a fait valoir le chef de l'Etat selon la presse, en rappelant que lui et M. Conte étaient les seuls habilités à choisir les ministres.

Respect des engagements

Déjà peu convaincu de l'autorité de M. Conte face aux poids-lourds politiques qui composeront son équipe, M. Mattarella, garant du respect des traités internationaux et élu par un Parlement alors dominé par le centre gauche, tient à ce que l'Italie respecte ses engagements européens.

M. Salvini a pris acte. "Laissons à (Giuseppe) Conte l'honneur de proposer à qui de droit les noms" des ministres, a-t-il assuré jeudi soir, ajoutant qu'il se contenterait d'offrir "humblement" quelques conseils.

Le suspense sur le nom du futur ministre des Finances de la troisième économie de la zone euro continuait vendredi à inquiéter Européens et marchés financiers.

La Bourse de Milan a encore perdu 1,54% à 22.398 points et le spread, l'écart entre les taux d'emprunt à dix ans allemand et italien, a atteint dans l'après-midi 217 points, son plus haut depuis décembre 2013, avant de clôturer à 206 points, au-dessus de la barre des 200 points pour la première fois depuis juin 2017.

Le vice-président de la Commission européenne, Valdis Dombrovskis, a émis vendredi une nouvelle mise en garde à l'adresse de l'Italie: "le message de la Commission européenne est très clair: il est important que l'Italie continue à maintenir des politiques fiscales et macro-économiques responsables".

Après avoir martelé ces dernières semaines que les Italiens ne seraient "plus jamais les larbins de personne", M. Salvini a voulu rassurer jeudi soir: "Nous sommes sûrs qu'une fois que l'on passera des paroles aux actes, tous ceux qui auront eu quelques inquiétudes seront rassurés, car notre objectif est de faire croître l'Italie".

Le chef du gouvernement sortant, Paolo Gentiloni, a organisé une cérémonie pour saluer le personnel du palais Chigi, siège du gouvernement.

"Remonter la pente ces cinq dernières années comme l'a fait l'Italie, n'est pas simple, cela réclame de la persévérance, de la constance et du sacrifice. Pour gâcher cela, il n'y a pas besoin de cinq ans, parfois quelques mois voire quelques semaines suffisent", a-t-il prévenu.