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Jean-Pascal Van Ypersele, farouche partisan de Vincent Ntezimana, a mis en cause mardi devant la Cour d'assises de Bruxelles-Capitale l'intégrité d'un commissaire de police qui a enquêté sur Vincent Ntezimana pour le compte du juge d'instruction Damien Vandermeersch. Il a estimé que ce policier d'Ottignies, qui a adopté un orphelin du génocide, grâce à l'aide d'une partie civile selon lui, aurait pu exercer des pressions sur un témoin à charge pour orienter ses dires.

Jean-Pascal van Ypersele de Strihou, professeur à l'UCL, est un ardent défenseur de Vincent Ntezimana. Contre vents et marées, il a pris position pour lui dans des écrits dès 1995 et l'a défendu lors des débats télévisés récents.

Le témoignage de M. van Ypersele était dès lors très attendu. Dans un climat tendu, il a répété à plusieurs reprises à la Cour que si on lui prouvait "noir sur blanc" que M. Ntezimana était coupable, il souscrirait à cette idée mais que ce n'était toujours pas le cas.

Climatologue comme M. Ntezimana, M. van Ypersele a peu fréquenté l'accusé pendant les études du premier, achevées en 1993. Il en garde le souvenir d'un homme modéré politiquement. Après le génocide rwandais, Vincent Ntezimana, réfugié au Zaïre, a envoyé un fax désespéré au département de physique de l'UCL afin de pouvoir y revenir. L'université lui a envoyé un sauf-conduit et lui a créé un poste provisoire. M. Ntezimana, hébergé chez une témoin qui a été entendue mardi après-midi, ne pourra l'occuper en raison des accusations de génocide portées contre lui dès son arrivée, début août 1994.

Vu que les autorités judiciaires ne se sont pas préocccupées du cas Ntezimana dans l'immédiat, l'UCL a fait une enquête interne pour ne pas accueillir un génocidaire. M. van Ypersele a été chargé de cette tâche "à contrecoeur", dit-il mais, au fil du temps, il y a mis beaucoup d'énergie.

Sans équivoque, au terme de ce qu'il appelle son "enquête" qui ne l'a pas mené au Rwanda, M. van Ypersele a conclu à l'innocence de M. Ntezimana, malgré des préjugés défavorables avant d'étudier son cas, a-t-il précisé. Il estime que M. Ntezimana a été victime d'accusations mensongères: chaque fois que des accusations étaient démontées, de nouvelles surgissaient.

"J'ai l'impression qu'il y avait un travail de construction de faux témoignages. Mais je peux me tromper", a-t-il précisé. Pour lui, M. Ntezimana était victime de sa double opposition au régime Habyarimana et au FPR.

Le témoin a notamment rencontré les trois premiers accusateurs de M. Ntezimana. "Ceux-ci ont ressenti vos démarches comme des pressions", lui a fait remarquer le président. "J'ai dit que si des rumeurs graves étaient colportées, c'est de la diffamation et il y a des lois en Belgique", a répondu M. van Ypersele qui estime que son accusateur l'a peut-être mal pris. Il y a deux semaines, un professeur de l'UCL avait formulé devant la Cour les mêmes griefs contre M. van Ypersele.

Me Dirk Ramboer, un des avocats des parties civiles, s'est demandé si le témoin n'était pas ébranlé par le témoignage de Marie-Hélène Lecerf, une dactylo de Louvain-la-Neuve qui a dit à la Cour avoir tapé pour M. Ntezimana les "10 commandements", un violent pamphlet anti-tutsi. L'accusé conteste avoir eu le moindre contact avec cette dactylo.

Imperturbable, M. van Ypersele a souligné que trois versions de cet épisode ont circulé avant qu'on retienne celui-ci. Il a alors insidieusement mis en cause le travail du policier qui a amené le témoignage. Celui-ci, a-t-il indiqué, a adopté une orpheline du génocide rwandais. Cette adoption, a-t-il précisé, a été facilitée par Gasana Ndoba, un des accusateurs de M. Ntezimana contre qui M. Ndoba s'est constitué partie civile. M. van Ypersele a alors dit se poser des questions sur l'indépendance du policier. "Quelles pressions a-t-il pu faire?", a-t-il conclu.

Courroucé, le ministère public, a dit ne pas accepter que l'on discrédite un commissaire, qui travaille toujours sous la direction d'un juge d'instruction.

Mathias Cyamukungu, professeur à Butare pendant le génocide comme Vincent Ntezimana, a cotoyé l'accusé. Lui-même et des professeurs tutsis amis se sont inscrits sur les listes de personnes à évacuer établies par Vincent Ntezimana. Pour le ministère public, ces listes pourraient avoir été un leurre pour empêcher certaines personnes de partir sous prétexte d'une évacuation future: les tueurs auraient alors pu exécuter les personnes ainsi localisées. M. Cyamukungu ne partage pas cette opinion et souligne qu'il est toujours vivant. Le procès se poursuivra mercredi avec le témoignage de rescapées de Sovu. (BELGA)