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Le procès devant le tribunal correctionnel de Paris de Jawad Bendaoud et Mohamed Soumah, accusés d'avoir logé Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh après les attentats du 13 novembre, a été temporairement suspendu vendredi, à cause de vifs échanges entre le premier prévenu et un avocat de la partie civile. "Vous êtes un voleur de mobylettes!", a crié Jawad Bendaoud à un avocat de la partie civile qui l'interrogeait, Me Georges Holleaux.

"Vous essayez de faire quoi là?", a-t-il poursuivi, très énervé. "Attention à ce que vous dites. (...) Moi je vais venir vous voir à votre cabinet", a menacé Jawad Bendaoud. "C'est un malade cet homme-là."

"M. Bendaoud, taisez-vous! ", a réagi la présidente du tribunal Isabelle Prévost-Desprez qui a annoncé un peu plus tard la suspension d'audience.

Me Holleaux interrogeait le prévenu sur ses activités avec ses enfants, le week-end suivant les attentats du 13 novembre 2015.

Après une interruption d'un peu moins d'une heure, Jawad Bendaoud s'est excusé, soulignant qu'il n'était pas sorti de sa cellule depuis 14 mois pour justifier son agressivité.

Il a néanmoins encore pointé des avocats, auxquels il reproche de l'avoir "lynché" à la télévision.

Les échanges entre Me Holleaux et le prévenu ont repris de manière à nouveau très tendue, les avocats de la défense tentant péniblement de ramener leur client au calme.

Avant l'interruption, Jawad Bendaoud et Mohamed Soumah s'étaient notamment contredits sur les circonstances de la location de la planque, le premier soutenant que son complice lui avait demandé l'hébergement pour deux hommes tandis que ce dernier affirme qu'il n'était destiné qu'à la seule Hasna Ait Boulahcen.

Jawad Bendaoud a encore répété avec force qu'il n'était pas au courant que les deux hommes qu'il a logés dans son "squat" étaient des terroristes en fuite.

Passablement nerveux, il a refusé d'exprimer des excuses, au contraire de M. Soumah, au terme d'un long monologue. "Je ne m'excuse pas [...] car je ne me sens pas impliqué dans les attentats."

"Choqué" qu'on lui fasse endosser cette responsabilité

"Moi, ça me choque de voir des gens blessés venir et (...) dire que je suis le responsable. Madame, vous savez ce que c'est de vivre avec un mort sur la conscience (celle de son meilleur ami dans une rixe, ndlr) ? Vous pensez que je veux en rajouter 130 ?", questionne le prévenu.

Soudainement, Jawad Bendaoud s'inquiète pour son avenir. "Je suis fini, que je mente ou pas. Qui va m'embaucher dehors? J'avais un projet de point de vente de cocaïne. Qui va s'associer avec moi?", s'inquiète-t-il.

Face à M. Bendaoud qui n'a de cesse de monter dans les tours, jouant la carte du prévenu provoqué, les avocats restent impassibles, à l'image de Me. Reinhart, dont le neveu a péri le 13 novembre. Lorsque l'homme de droit se lève, le prévenu s'emporte de nouveau. "Monsieur Reinhart? C'est même pas la peine."

"Vous êtes atteint psychologiquement", "Comment vous avez le culot de porter cette robe?", lâche-t-il encore aux avocats.

"Les terroristes venaient de Belgique ? C'est un petit truc"

Le logeur Bendaoud s'est également fendu d'une remarque au sujet de l'origine des terroristes du Bataclan, des terrasses et du Stade de France. A la question de savoir quand il a compris qu'ils venaient de Belgique, M. Bendaoud a répondu après un long silence : "En garde à vue ou peut-être lors des interviews. C'est un petit truc" s'est-il défendu.

Avant cela, il a également persisté dans sa défense qui est d'affirmer qu'il n'était pas au fait des agissements du commando du 13 novembre 2015 et qu'il était tombé des nues quelques jours plus tard lorsqu'il lui a été expliqué qu'il avait logé Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh. "Le ciel m'est tombé sur la tête. J'avais ma petite vie tranquille, j'étais bien. (...) Je n'étais au courant de rien. Tout ce que je vous dis est véridique."