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Le politologue Denis Charbit est maître de conférence à l’Université ouverte d’Israël, près de Tel Aviv. Il est actuellement en congé d’écriture aux Etats-Unis où il est chargé d’un cours à l’université d’Irvine, près de Los Angeles. Il est l’auteur du livre "Israël et ses paradoxes" (Le Cavalier bleu, 2015).

Les propos de Donald Trump constituent-ils un désaveu de la solution à deux Etats ?

Trump a voulu faciliter la position de Netanyahou par rapport aux pressions dont il fait l’objet dans sa coalition. Mais sans mesurer les conséquences de ses propos. Il souligne qu’une solution qui est sur la table depuis près de 25 ans (depuis les accords d’Oslo en 1993, NdlR) et dont on voit bien, des deux côtés, qu’elle exige des révisions déchirantes, n’est peut-être pas celle à privilégier. Le sens de la solution à deux Etats ne vaut que si elle est mise à exécution et que si, des deux côtés, on y est fermement attaché. Le problème de cette solution, c’est qu’elle tarde à venir, et si c’est le cas, c’est parce que la majorité des Israéliens l’envisagent sur papier mais ont du mal à la concrétiser. On peut dire la même chose pour les Palestiniens dans la mesure où elle résout le problème de l’occupation mais pas celui des réfugiés et du contentieux historique initial.

La solution à deux Etats ne serait donc pas mûre mais, à la place, M. Trump ne propose rien…

Il ouvre une autre perspective. Non comme un diplomate mais comme un homme d’affaires. C’est le Trump pragmatique, qui veut réussir une négociation d’affaire. Il tape le poing sur la table en disant : si vous mettez 25 ans pour signer un contrat, c’est qu’il y a un défaut dans l’affaire. Il en pointe la faiblesse, à savoir que cette solution ne parvient pas à inciter les deux populations à forcer leurs dirigeants à la prendre. Obama disait : les dirigeants ne prennent des décisions douloureuses que si leurs peuples les invitent à les prendre. Et visiblement les peuples ne sont pas convaincus que c’est la bonne solution. Trump dit aussi qu’il n’entend pas intervenir ni imposer une solution, ce qui est conforme à sa tentation isolationniste. Il y a une sorte de retenue qui ressemble un peu à un désengagement.

Cette attitude peut être porteuse mais elle est surtout hasardeuse.

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