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Depuis quelques jours la rumeur enflait à Rome : puisque le miracle attribué à Jean-Paul II avait été approuvé à l’unanimité, mardi dernier, par la Congrégation pour la cause des saints, le Vatican allait rapidement fixer la date de sa béatification. Un autre élément mit la puce à l’oreille : des travaux sont effectués à la basilique St-Pierre, dans la chapelle St-Sébastien, sise entre celles de la Pietà et du St-Sacrement. Or, selon la tradition, les dépouilles des papes béatifiés sont transférées de la crypte de la basilique au rez-de-chaussée. Une illustration toute symbolique de leur élévation aux autels. En outre, Benoît XVI devait recevoir vendredi le cardinal Amato, le préfet de la congrégation précitée.

Restait une inconnue : quand aurait lieu la cérémonie présidée par le pape ? L’on avança la date du 3 avril, soit à un jour près l’anniversaire du décès de Jean-Paul II en 2005 ou, plus vraisemblablement, le 16 octobre, date de son élection comme pape en 1978. Finalement, elle aura lieu le 1er mai, non pas, comme on dit dans certains milieux laïques, pour perturber la fête du travail des socialistes et des communistes, mais parce que, dans l’Eglise, l’on fêtera ce jour le dimanche de la Divine miséricorde instauré par Jean-Paul II en 2001 en hommage à une religieuse polonaise, Sr Faustine Kowalka, qu’il avait lui-même canonisée. Ainsi le prédécesseur de Benoît XVI se retrouvera-t-il ans l’antichambre de la sainteté - pour être reconnu saint, il faut un second miracle - six ans et un mois à peine après sa disparition.

Il est vrai que lors de ses funérailles, les nouveaux mouvements chrétiens avaient réclamé sa béatification en clamant "santo subito". La cause fut donc introduite avant le terme requis de cinq ans après son décès. Mais nul n’aurait osé contester la dispense papale car, comme l’a dit vendredi le St-Siège, Jean-Paul II jouissait déjà "d’une immense réputation de sainteté de son vivant et au moment de sa mort". Cela dit, "les dispositions canoniques relatives aux procédures en béatification et canonisation ont été scrupuleusement respectées. De juin 2005 à avril 2007, l’enquête diocésaine s’est déroulée à Rome avec des requêtes adressées d’autres diocèses afin de re cueillir des in formations sur la vie, les vertus, la réputation de sainteté et d’éventuels miracles". Puis, la cause du pape polonais a tout normalement suivi son cours pour déboucher le 19 décembre 2009 sur la promulgation du décret relatif à l’héroïcité des vertus. Mais il s’imposait encore de confirmer une guérison inexpliquée sinon par l’intercession du pape défunt. Ce fut le cas d’une religieuse française, Sr Marie Simon-Pierre Normand, des Petites Sœurs des Maternités catholiques, guérie de la maladie de Parkinson dont souffrait aussi le pape. La décision ne fut pas prise à la légère car il y eut des contre-expertises, les médecins ne s’accordant pas dans un premier temps.

La nouvelle a en tout cas réjoui le monde catholique, mais davantage encore la Pologne, à commencer par Lech Walesa. La figure de proue de "Solidarité" a dit "être doublement heureux. D’abord, parce qu’un saint homme de son vivant deviendra officiellement un saint. Ensuite, parce que nous aurons enfin un saint de notre époque, quelqu’un que nous avons bien connu".