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Discret à l'extrême, à l'instar de sa femme Françoise, le gendre de Liliane Bettencourt, Jean-Pierre Meyers, né en 1948 dans une illustre famille juive, apparaît comme l'un des "gagnants" de l'accord mettant fin au conflit dans la famille. Comme ses deux fils, M. Meyers a vu son rôle renforcé au sein de Téthys, la holding qui contrôle les parts familiales dans L'Oréal (environ 31%), dont il devient directeur général en lieu et place de l'ex-gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, selon les termes de l'accord entre les deux clans révélé lundi.

Cette "promotion", qui, avec l'entrée de ses deux fils au conseil de surveillance de Téthys, semble préparer un passage de relais entre générations, était pourtant loin d'être évidente. Petit-fils du rabbin Robert Meyers, déporté et disparu avec son épouse à Auschwitz pendant la guerre, arrière-petit-fils du rabbin Jules Bauer, directeur de l'école rabbinique de France, Jean-Pierre Meyers n'avait apparemment rien du gendre idéal aux yeux des très catholiques André et Liliane Bettencourt.

L'entrée de son père Marcel Meyers au sein de L'Oréal en 1968, aux côtés de François Dalle, alors directeur général du groupe, va pourtant faire basculer son histoire personnelle et professionnelle. Une avant-première du film "Le Parrain" de Francis Ford Coppola organisée en 1972 à l'Opéra Garnier est l'occasion indirecte d'une première rencontre entre Jean-Pierre Meyers -- venu avec François Dalle et son fils -- et Françoise Bettencourt qui se croisent au domicile familial avant la soirée, rappelait récemment Le Monde. Douze ans plus tard, Jean-Pierre et Françoise se marient en Toscane en petit comité.

Travaillant jusqu'alors dans le secteur bancaire, le jeune homme est alors poussé par sa belle-famille à faire son entrée dans le fleuron familial. Il ne le quittera plus. Il est même longtemps le seul membre de la famille --aux côtés d'André Bettencourt-- à siéger au conseil d'administration de L'Oréal. Il est même chargé de représenter les intérêts familiaux auprès de Nestlé, l'autre grand actionnaire de L'Oréal (29,8% du capital), dont il est toujours membre du conseil d'administration. Au sein de L'Oréal, M. Meyers est discret. Le seul fait d'armes qu'on lui prête est l'éviction à la fin des années 1980 d'un des dirigeants du groupe, Jacques Corrèze, mis en cause pour son passé collaborationniste. La polémique est également l'occasion de remettre au jour des écrits antisémites d'André Bettencourt et de rappeler qu'Eugène Schueller, fondateur de L'Oréal, avait notamment contribué au financement du groupe d'extrême droite La Cagoule.

Souvent la cible de rumeurs, on lui prête volontiers le désir de diriger L'Oréal ou, au contraire, de revendre les parts familiales à Nestlé. Du reste, tout au long du conflit l'opposant à sa fille, conflit que Jean-Pierre Meyers a traversé très discrètement aux côtés de son épouse, Liliane Bettencourt accusera Françoise de vouloir la mettre à l'écart pour céder les parts familiales. Une accusation réfutée vertement par l'intéressée. De récentes informations relayées dans la presse prêtaient même à Liliane Bettencourt le désir de voir Jean-Pierre Meyers céder, à l'issue de son mandat, son siège au conseil d'administration de L'Oréal à l'un de ses fils.

La conclusion du conflit familial aura eu l'effet inverse, puisqu'il se retrouve aujourd'hui à la tête de la holding familiale Téthys. Avec son épouse Françoise, ils ont deux fils, Jean-Victor et Nicolas, aujourd'hui âgés de 24 et 22 ans.