International Rescapée des incendies mortels en Grèce, Josiane, 72 ans, raconte ce cauchemar qui continue de la hanter.

"Je croyais que c’était fini. Qu’on allait tous mourir. J’ai vu la fumée au loin de mon balcon. Je ne pensais pas que le feu allait arriver jusqu’ici. L’hôtel était rempli d'eau. Qui aurait pu l'imaginer ?" Josiane secoue la tête. Elle nous sourit courageusement, elle, qui à 72 ans, est restée des heures dans la mer pour échapper aux flammes dans le village de Mati.

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"C'était la panique"

A la voir, maquillée et coiffée avec soin, en pantacourt blanc et tunique rose vif, nous avons du mal à imaginer les scènes qu’elle nous décrit et elle, elle a du mal à les revivre.

"Quand la patronne Natacha, qui est mon amie depuis 27 ans, m’a dit de descendre de la chambre pour me mettre à l’abri dans l’eau, j'ai réalisé que la situation était grave. Je me suis dit que je n’y arriverais pas. On était tous là à se demander comment on allait s’en sortir. Plus loin sur la plage d’à coté et sur les rochers, on observait des centaines de personnes, peut-être des Grecs. Il y avait des familles avec des enfants. Je n’ai pas vu de morts mais j’ai vu des femmes aux bras brûlés avec leurs petits dans les bras. Ces femmes ont certainement essayé de les protéger. D’autres se jetaient dans l’eau les pieds brûlés. Des personnes âgées ainsi que des plus jeunes criaient. C'était la panique. On est tous resté dans la mer en pensant que c’était notre seule issue pour rester en vie. On était tout noir de suie. Il était difficile de respirer. "

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Elle parle lentement mais de manière déterminée, elle veut témoigner. Tout d'un coup, elle marque une pause, comme si les images réapparaissaient devant elle: "Les flammes dépassaient les murs de l’enceinte de l’hôtel. Des flammes si hautes ! Imaginez-vous, avec un vent terrible et aucun secours sur place. On ne croyait pas ce qu'on voyait. Instinctivement dans l’eau, on se rapprochait les uns des autres."

Plus de 5 heures dans l'eau

Nouvelle pause. Elle réfléchit et puis reprend la parole: "On est resté dans l’eau de dix heures du soir jusqu'à presque trois heures du matin. On entrait et puis on sortait de l'eau. La chaleur était épouvantable, les yeux nous brûlaient. Heureusement, le personnel de l’hôtel nous apportait de l’eau constamment".

Elle se souvient des hurlements au loin: "On pouvait entendre les gens crier à l'aide sur les autres plages, à la recherche désespérée des secours qui ne sont arrivés qu'après minuit" .

A trois heures du matin, la patronne annonce que le danger est passé et que l'incendie a pris fin. Mais la peur au ventre, Josiane décide de rester près de la piscine qui, encore aujourd'hui, trois jours plus tard, est remplie de cendres: "Durant 6 heures, nous sommes restés près de la piscine. Nous sommes montés dans la chambre au lever du jour."

Pour Josiane, les flammes détruisaient tout sur leur passage: "Je me suis dit que jamais l’hôtel n'allait résister ". Et pourtant, l’hôtel Mati a résisté et a même, dès le premier soir, accueillit des rescapés de l’enfer que le personnel allait chercher dans les rues. "Je tire mon chapeau à toute l’équipe! Ils ont sauvé l’hôtel et nous avec", félicite Josiane.

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Le retour en Belgique, son inquiétude

Josiane rentre en Belgique la semaine prochaine. Un retour qu'elle redoute : "Je suis veuve. Ici je peux parler avec des gens qui ont vécu ce que j’ai vécu. En Belgique, je suis seule. La nuit, ces flammes resurgissent. Je ressens même la chaleur et la fumée. Hier, j’ai pleuré toute la journée parce que j’ai eu peur de mourir. Je n'arrive plus à dormir. Je ne mange presque plus. J’ai peur mais je compte rester", assure-t-elle.

"Même si rien n'est plus comme avant, j’irai jusqu’au bout de mes vacances. Non pas pour les vacances car je suis retraitée, je n’en manque pas, mais pour la patronne, pour les gens de l‘hôtel... Cela fait 27 ans que je viens chaque année deux semaines et je continuerai à venir, même si j’ai peur. Cette peur, je vais la dépasser tout comme les gens ici", conclut Josiane, déterminée.