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Rompre les négociations d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne serait une "grave erreur", a jugé le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, après un appel en ce sens de l'Autriche qui a attisé les tensions avec Ankara. "En ce moment, si l'on donnait l'impression à la Turquie que, quelle que soit la situation, l'Union européenne n'est pas prête à accepter en son sein la Turquie, ce serait selon moi une grave erreur de politique étrangère", a-t-il dit à la chaîne ARD dans un entretien qui doit être diffusé dimanche et dont des extraits ont été publiés dès jeudi.

"Je ne vois pas ce que cela apporterait si nous signifions unilatéralement à la Turquie que les négociations sont terminées", a-t-il insisté dans cette interview réalisée dans les bureaux bruxellois d'ARD.

Mais M. Juncker a aussi relevé que la Turquie était très loin de pouvoir prétendre à l'intégration européenne, en particulier du fait de la répression engagée après le putsch raté du 15 juillet.

"La Turquie dans son état actuel ne peut pas devenir membre de l'Union européenne, en particulier si elle fait ce que certains réclament à savoir le rétablissement de la peine de mort. Cela aurait pour conséquence la rupture immédiate des négociations", a-t-il souligné.

Ces propos sont intervenus après un appel du chancelier autrichien Christian Kern à rompre les pourparlers avec Ankara. "Nous devons faire face à la réalité: les négociations d'adhésion ne sont plus que de la fiction (...) les normes démocratiques turques sont loin d'être suffisantes pour justifier son adhésion", avait-il dit.


L'Autriche souhaite que l'UE mette fin au processus d'adhésion de la Turquie

L'Autriche estime que l'Union européenne devrait mettre un terme aux négociations d'adhésion de la Turquie qui ne sont plus qu'une "fiction" en l'état actuel des choses, selon le chancelier autrichien Christian Kern.

"Nous devons faire face à la réalité: les négociations d'adhésion ne sont plus que de la fiction", a déclaré mercredi soir M. Kern aux médias autrichiens, ajoutant que "les normes démocratiques turques sont loin d'être suffisantes pour justifier son adhésion".

Il a ajouté qu'il voulait un débat sur le sujet lors du Conseil européen prévu le 16 septembre.

Le ministre turc des Affaires étrangères Omer Celik a rapidement réagi, jugeant "extrêmement perturbantes" les déclarations de M. Kern. "La critique est un droit démocratique, mais il doit y avoir une différence entre critiquer la Turquie et adopter une attitude anti-turque", a-t-il ajouté.

Dans une interview publiée jeudi par l'agence autrichienne APA, le ministre autrichien de la Défense Hans-Peter Doskozil a été plus loin que le chancelier: "Le temps est venu (...) de dire clairement que les négociations avec la Turquie doivent être suspendues ou s'arrêter", a-t-il dit, en comparant le régime turc actuel à une "dictature".

Le processus d'adhésion de la Turquie à l'UE traverse une passe particulièrement difficile depuis que le président turc Recep Tayyip Erdogan a suggéré de rétablir de la peine de mort dans le cadre de la répression du putsch raté du 15 juillet.

La Turquie "reste un partenaire important dans les questions de sécurité et d'intégration", a aussi affirmé Christian Kern, soulignant le rôle clé de la Turquie dans la crise des migrants.

En mars, La Turquie et l'UE ont signé un pacte destiné à tarir les traversées de migrants des côtes turques vers les îles grecques, et qui permet le renvoi en Turquie des migrants, en échange de contreparties politiques et financières, dont l'accélération des négociations d'adhésion.