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Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a souligné mercredi, dans son discours sur l'état de l'Union, la nécessité pour l'Europe d'accentuer sa souveraineté afin d'être en mesure de jouer un rôle sur la scène internationale. Il a aussi affirmé, dans le volet migratoire de son discours, sa volonté de voir l'Europe développer un nouveau partenariat équilibré avec l'Afrique. "La géopolitique nous apprend que l'heure de la souveraineté européenne a définitivement sonné", a lancé M. Juncker pour son dernier discours sur l'état de l'Union.

Il évoque à cet égard les relations commerciales internationales, après les épisodes conflictuels avec les Etats-Unis, le leadership de l'UE dans l'accord de Paris sur le climat ou encore la nécessité pour l'Union de relancer l'Europe de la Défense.

Alors que le continent est confronté à une montée des populismes et des nationalismes, il a assuré que "la souveraineté européenne ne sera jamais dirigée contre les autres, car l'UE restera un espace de tolérance et d'ouverture, notamment au monde qui souffre. Elle restera multilatérale car la planète appartient à tous et non pas seulement à quelques-uns."

Il n'en appelle pas moins l'Union à mieux se rendre compte de sa puissance politique, économique et militaire qu'elle possède à travers ses nations.

En matière financière, le chef de l'exécutif européen a annoncé avant la fin de l'année des propositions pour renforcer le rôle international de l'euro face au dollar. "L'euro doit devenir l'instrument actif de la nouvelle souveraineté européenne", a-t-il expliqué, jugeant "aberrant" que le dollar reste majoritairement utilisé par les Européens pour leurs importations d'énergie.

Il propose aussi de renforcer la capacité de l'UE à parler d'une seule voix en matière de politique étrangère. A cet égard, le vote à la majorité qualifiée doit être instauré dans plusieurs domaines des relations extérieures: droits de l'homme, missions civiles de défense et sécurité, et autres, selon lui.

Évoquant la crise migratoire qui aura marqué sa mandature, il a souligné l'importance de nouer un partenariat avec l'Afrique.

"L'Afrique n'a pas besoin de charité mais d'un partenariat équilibré, et nous en avons nous aussi besoin", a déclaré M. Juncker, qui en a déjà parlé avec le président de l'Union africaine, Paul Kagame.

La Commission propose un objectif de création de 10 millions d'emplois en Afrique sur les cinq prochaines années, en attirant davantage d'investissements sur ce continent grand pourvoyeur de migrants. L'Afrique comptera 2,5 milliards d'habitants d'ici 2050, a indiqué M. Juncker.

"Il faut ouvrir l'Europe pour la migration régulière, nous avons besoin de migrants qualifiés", avait-il insisté un peu plus tôt.

Le président de la Commission évoque aussi un programme d'échange Erasmus "remusclé" en direction de l'Afrique, ainsi que des accords commerciaux "de continent à continent", entre "partenaires égaux". Aujourd'hui, "36% du commerce de l'Afrique se fait d'ores et déjà avec l'UE, mais les échanges commerciaux entre nous ne sont pas suffisants", a estimé M. Juncker.

"Nous devons investir davantage dans ce continent et ses nations, arrêter de nous envisager comme simples donneurs d'aide au développement. Une telle approche serait insuffisante et humiliante pour l'Afrique", a ajouté le Luxembourgeois.

Auparavant, il avait confirmé la volonté de la Commission de renforcer le corps européen de garde-frontières et de garde-côtes pour porter son nombre d'agents financés sur le budget de l'UE à 10.000 d'ici à 2020, renforcer le développement de l'agence européenne pour l'asile dans le respect de la Convention de Genève et accélérer le retour des migrants en situation irrégulière.

Il a enjoint à la présidence autrichienne de l'UE de "faire le pas décisif" pour une réforme équilibrée de la politique commune d'asile. "Nous ne pouvons continuer à chercher des solutions ad hoc pour les navires arrivant sur nos côtes, il faut une solidarité durable et organisée".

Sur le Brexit, il a confirmé que le Royaume-Uni, s'il quitte l'Union, ne pourrait "évidemment pas faire partie de notre marché unique et certainement pas de certaines de ses parties".

Il a défendu la taxation des géants de l'internet là où ils réalisent leurs bénéfices, l'interdiction des plastiques à usage unique et l'abolition du changement d'heure deux fois par an, autant de mesures concrètes qu'attendent, selon lui, les électeurs avant le scrutin de mai 2019.

En matière sécuritaire, enfin, il a proposé une nouvelle règle pour que tout contenu terroriste mis en ligne soit supprimé dans un délai d'une heure, un élargissement du mandat du parquet européen pour y inclure la lutte contre les actes terroristes et de nouvelles mesures de lutte contre le blanchiment transfrontalier de capitaux, à travers un renforcement de l'Autorité bancaire européenne.