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Le président congolais vient de vivre des jours difficiles avec la dégradation catastrophique, cette semaine, de la situation militaire au Nord-Kivu, où 25 000 hommes des Forces armées nationales affrontent 4 500 rebelles du mutin tutsi congolais Laurent Nkunda.

Stock d'armes abandonné

Lundi, en effet, la 14e Brigade intégrée (c'est-à-dire mélangeant des soldats de divers ex-belligérants et - brièvement - formée) a été prise de panique lorsque les nkundistes - qu'elle croyait apparemment disparus de la zone - ont attaqué son quartier général de Karuba. Dans sa fuite, elle y a abandonné une quantité industrielle d'armes et de munitions neuves, essentiellement chinoises, qui réarment à présent les mutins.

Cette débandade a provoqué une réaction en chaîne. La Garde républicaine (garde présidentielle de Joseph Kabila) a décroché de ses positions de Kirolirwe - en emportant son artillerie, elle - puis la 82e Brigade (non intégrée) et des éléments des 7e et 9e Brigades les ont imités.

Tous se sont repliés derrière les lignes infranchissables fixées par la Monuc (Mission de l'Onu au Congo), à Saké, sauf la 81e (non intégrée), isolée en plein territoire nkundiste, dans le Masisi. Jeudi, à Katale, cette brigade, pour ne pas commettre la même faute que la 14e, a fait sauter plusieurs de ses dépôts d'armements afin qu'ils ne tombent pas dans les mains des mutins.

Au total, les nkundistes ont donc reconquis en deux jours toutes les positions qu'ils avaient perdues ces dernières semaines et touché le jackpot en mettant la main sur le stock de la 14e.

Depuis mercredi, les mutins surveillent Saké mais ne l'attaquent pas, vraisemblablement pour éviter une réplique de la Monuc. Celle-ci a pour mandat de protéger les civils. A Saké, Rutshuru ou Goma, villes abritant de nombreux civils, les casques bleus indiens répliqueraient donc avec les grands moyens à une attaque nkundiste.

Ces derniers mois, la Monuc a apparemment cru ou laissé croire aux autorités congolaises qu'elle pourrait aller très loin dans son aide à la reconquête du territoire aux mains des nkundistes par l'armée de Kinshasa. Si elle a assuré le transport de troupes et le ravitaillement congolais, New York n'a cependant pas voulu la laisser sortir de son mandat en reprenant des positions pour l'armée congolaise.

Cela a provoqué le ressentiment à Kinshasa, où l'on croyait pouvoir compter sur l'appui des casques bleus. Dans son discours du 6 décembre, célébrant l'anniversaire de son investiture comme président élu, Joseph Kabila n'avait-il pas annoncé que le règlement de ce problème "sera bientôt chose faite, quoi qu'il en coûte" ?

Trop d'attention

Le chef de l'Etat (ou ses conseillers) a sans doute commis une erreur tactique en fixant l'attention publique sur l'offensive de ses troupes au Nord-Kivu. C'est en effet en raison de celle-ci qu'il ne s'est pas rendu à un sommet sur les Grands Lacs à Addis Abeba, ni au sommet UE-Afrique à Lisbonne, ni chez le Pape, ces derniers jours. Du coup, le revers militaire le touche politiquement plus qu'il n'aurait fallu. Il est donc tentant d'opter pour une revanche militaire, alors qu'il faudra encore du temps avant que l'armée congolaise soit un outil efficace.

Laurent Nkunda, lui, profite de sa victoire pour exiger des négociations. Les Vingt-sept ont appelé, vendredi, les Congolais à trouver une solution politique plutôt que militaire à leurs différends. Certains milieux diplomatiques travaillent à négocier un exil pour Nkunda. Et les amis du Congo attendent que Kinshasa fixe une date pour la table ronde sur l'urgente réforme du secteur sécurité (armée, police, justice) annoncée depuis juillet.