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Le commissaire européen Karel De Gucht s’est retrouvé vendredi au centre d’une polémique, accusé d’antisémitisme, après avoir dénoncé l’attitude à ses yeux fondamentalement irrationnelle des juifs sur la situation au Proche-Orient.

L’ancien chef de la diplomatie belge, actuellement en charge du commerce à la Commission, s’en est pris à la fois au lobby pro-israélien aux Etats-Unis et à l’attitude des juifs en général. "Il ne faut pas sous-estimer le poids du lobby juif sur la colline du Capitole, le Parlement américain. C’est le groupe de pression le mieux organisé qui existe là-bas", a-t-il déclaré jeudi à la radio publique belge néerlandophone VRT. "Il ne faut pas non plus sous-estimer l’opinion, en dehors du lobby, du juif moyen qui ne vit pas en Israël", a ajouté M. De Gucht, connu pour son franc-parler. "Il y a en effet la foi chez la plupart des juifs - je pourrais difficilement décrire cela autrement - qu’ils ont raison. Et la foi est quelque chose qu’on peut difficilement combattre avec des arguments rationnels", a poursuivi ce membre du parti libéral flamand.

"Même les juifs laïques partagent la même croyance d’avoir effectivement raison. Il n’est donc pas facile, même avec un juif modéré, d’avoir une discussion sur ce qui se passe au Proche-Orient. C’est une question très émotionnelle", a-t-il conclu.

Le Congrès juif européen (CJE) s’est dit vendredi "outré" de cette sortie et a appelé Karel De Gucht à s’excuser. "Il s’agit une fois de plus d’une forme outrageuse d’antisémitisme de la part d’un haut responsable européen. La diffamation du pouvoir juif est apparemment acceptable au plus haut niveau de l’UE", a tempêté son président, Moshe Kantor. Le CJE a fait lien entre cette polémique et celle qui secoue la banque centrale allemande. Le directoire de la Bundesbank a demandé jeudi l’éviction de l’un de ses membres, Thilo Sarrazin, coupable d’avoir évoqué la prétendue existence d’un gène particulier à tous les juifs.

M. De Gucht n’est pas allé jusqu’à s’excuser mais a dit vendredi "regretter" l’interprétation ayant pu être faite de ses propos, assurant n’avoir jamais voulu "stigmatiser" la communauté juive et dénonçant toute forme d’antisémitisme.

La Commission a pris ses distances avec M. De Gucht. "Il s’agit de propos personnels qui ne représentent pas l’opinion bien connue de la Commission et du Conseil (des ministres de l’UE) sur le processus de paix au Proche-Orient et la reprise des discussions directes entre Israël et les Palestiniens", a déclaré un porte-parole, Olivier Bailly.

La controverse survient, il est vrai, à un moment délicat, alors que les négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens, interrompues pendant vingt mois, ont repris jeudi à Washington.

Ministre des affaires étrangères de 2004 à 2009, Karel De Gucht, 56 ans, n’en est pas à son premier coup d’éclat. Il fut à l’origine, en juin 2005, d’un incident diplomatique avec les Pays-Bas, dont il avait décrit le Premier Ministre Jan Peter Balkenende comme "un mélange entre Harry Potter et un bourgeois rigide sans charisme".

Il avait surtout entraîné, en 2008, la rupture des relations diplomatiques entre la Belgique et la République démocratique du Congo (RDC) en dénonçant avec virulence la corruption des élites congolaises.

Les tensions entre la Belgique et son ancienne colonie ne s’étaient apaisées qu’à la faveur du départ pour la Commission européenne de M. De Gucht en juin 2009. Chargé durant quelques mois de l’aide humanitaire et au développement, il n’en avait pas moins réitéré ses critiques, ce qui lui a valu d’être déclaré persona non grata par Kinshasa. (AFP)