International La proclamation des résultats officiels s'est fait attendre, mais Uhuru Kenyatta est donné vainqueur à 54,27%.

Trois jours après la tenue du scrutin présidentiel, le mardi 8 août, tout le Kenya est toujours dans l’attente fébrile du résultat de cette présidentielle. Cela fait plusieurs jours que le décompte des bulletins de vote est en cours. La Commission électorale, qui avait annoncé la publication des résultats définitifs pour ce jeudi, ne les avait toujours pas rendus publics vendredi en toute fin de journée. Mais les observateurs espéraient que cette attente prenne fin dans les prochaines heures.

Les chiffres provisoires donnent le président sortant Uhuru Kenyatta en tête, devant son rival Raila Odinga qui dénonce des fraudes.

Les supporters de M. Odinga ont qualifié ce scrutin de "mascarade", dès avant la proclamation du vainqueur du scrutin, s’en remettant au peuple pour juger la réélection désormais attendue du chef de l’Etat sortant Uhuru Kenyatta.

L’épouvantail de 2007

Dix ans après les pires violences électorales de l’histoire du pays (plus de 1 100 morts), la probable victoire de M. Kenyatta fait craindre une explosion de violence chez les partisans du candidat de l’opposition.

"Je pense que tout ça relève d’une mascarade totale, c’est un désastre", a déclaré James Orengo, un des principaux leaders de la coalition d’opposition qui a multiplié depuis le jour du scrutin des accusations de fraude que la commission électorale (IEBC) a selon lui ignorées. Plus tôt dans la soirée, l’IEBC a annoncé que son président Wafula Chebukati devait rencontrer les représentants des candidats, puis faire une annonce publique, suggérant une proclamation rapide des résultats. "Pour nous, aller en justice n’est pas une alternative. Nous sommes passés par là dans le passé. Ce n’est pas une option", a ajouté James Orengo. "A chaque fois qu’une élection a été volée, le peuple kényan s’est levé pour faire en sorte que des changements interviennent afin de faire du Kenya un meilleur endroit", a-t-il lancé.

Dans ce contexte de tension maximale, les faits et gestes de M. Odinga sont scrutés de près. L’opposition est en ébullition, la moindre flammèche pourrait tout faire exploser. Jeudi soir, M. Odinga avait appelé au calme tout en se dédouanant d’éventuelles violences en expliquant qu’il "ne contrôle personne. Les gens veulent la justice".

L’opposition avait pourtant adopté un ton conciliant vendredi après-midi après les appels au calme et à la retenue lancés par la communauté internationale. Elle se déclarait prête à accepter les résultats sous réserve d’avoir accès aux données brutes des serveurs informatiques de l’IEBC.

La bonne tenue des élections générales de mardi a été unanimement saluée par la communauté internationale. Mais le lendemain du scrutin, des confrontations entre partisans de l’opposition et policiers lourdement armés avaient éclaté dans la ville de Kisumu (ouest) et plusieurs bidonvilles de Nairobi, bastions de l’opposition où les déceptions électorales sont fréquentes et souvent sources de tensions.

Rivalité de toujours

Les accusations de fraude ont exacerbé les passions déjà lestées d’un demi-siècle de rivalité dynastique entre les familles Kenyatta et Odinga. Le père de ce dernier, Jaramogi Oginga Odinga, fut brièvement vice-président, avant de perdre la lutte post-indépendance pour le pouvoir au profit du premier chef d’Etat Jomo Kenyatta, père d’Uhuru. En outre, à 72 ans, M. Odinga livre certainement son ultime grande bataille politique. M. Odinga, membre de la communauté luo de l’ouest du pays, s’est une nouvelle fois présenté comme le garant d’une répartition plus équitable des richesses de l’économie la plus dynamique d’Afrique de l’Est. De son côté, le président Kenyatta, issu de l’élite économique kikuyu, l’ethnie la plus nombreuse, a mis en avant le développement économique du pays, avec notamment la nouvelle ligne ferroviaire entre Nairobi et Mombasa.