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Les autorités ukrainiennes vont exhiber lundi deux soldats présumés des forces spéciales russes capturés dans l'est de l'Ukraine, preuve, selon Kiev, de l'implication de l'armée russe dans un conflit qui a encore fait quatre morts au cours des dernières 24 heures.

C'est la seconde fois que Kiev annonce publiquement la capture de soldats russes en Ukraine en plus d'un an de conflit. En août, une dizaine de parachutistes russes avaient été faits prisonniers dans l'est. Vladimir Poutine, qui rejette inlassablement les accusations de Kiev, de l'Otan et des gouvernements occidentaux concernant l'appui militaire de l'armée russe dans l'Est séparatiste, avait alors affirmé que ses parachutistes s'étaient simplement "perdus" au cours d'une patrouille.

Joint par l'AFP, le porte-parole militaire ukrainien Vladislav Seleznev a par ailleurs affirmé que d'autres militaires russes avaient été pris ces derniers mois mais que leurs captures n'avaient pas été médiatisées.

Ukrainiens, Européens et Américains ne cessent de dénoncer la présence de forces régulières russes venant en aide à la rébellion séparatiste. Mais malgré la présence de nombreux journalistes et observateurs indépendants, aucune preuve définitive n'a pu être apportée concernant l'ampleur et la permanence du déploiement russe.

Pour sa part, la Russie a toujours catégoriquement démenti toute implication, ne concédant que celle de "volontaires" partis combattre de leur propre gré. "C'est très important pour nous de montrer au monde entier les soldats russes, qui soi-disant ne sont pas en Ukraine", a dès lors souligné M. Seleznev.

"Etant donné qu'ils ont été blessés, on attendait l'accord des médecins pour leur transfert vers Kiev. Les médecins ont donné leur autorisation", a-t-il précisé.

Selon une porte-parole du ministère de la Défense, jointe par l'AFP, une conférence de presse en leur présence aura lieu lundi à 16 heures locales (13H00 GMT).

La capture de ces deux soldats russes avait été annoncée dimanche par le porte-parole militaire, Andriï Lyssenko. Et le bataillon de volontaires nationalistes ukrainiens Aïdar, qui affirme être impliqué dans leur capture, a précisé qu'elle avait eu lieu vers Chtchastia, ville sous contrôle des forces gouvernementales à environ 15 km du fief séparatiste de Lougansk.

Selon Vladislav Seleznev, il s'agit de soldats de la "troisième brigade des forces spéciales, basée à Togliatti", à 800 kilomètres au sud-est de Moscou sur les rives de la Volga. Toujours selon le responsable ukrainien, ces soldats, présents en Ukraine depuis mars, ont été arrêtés lors de combats impliquant les forces ukrainiennes et "environ 14 membres des forces spéciales" russes pour le contrôle d'un "pont stratégique". Un soldat ukrainien a été tué dans ces combats.

La vidéo de l'interrogatoire d'un de ces soldats russes présumés a été diffusée sur internet. L'homme, semblant blessé et allongé dans un lit, y dit appartenir à la "troisième brigade" de Togliatti.

Réagissant à ces informations, le porte-parole de M. Poutine, Dmitri Peskov, a indiqué aux agences de presse russes ne pas être mesure de commenter l'affaire. "Dès qu'il y aura une quelconque information, nous la publierons immédiatement", a indiqué par ailleurs à l'AFP un responsable du ministère de la Défense.

Des médias russes avaient exigé dès août la vérité sur la présence présumée de troupes russes en Ukraine, après l'arrestation des parachutistes et des cas d'inhumation en Russie de soldats décédés dans des circonstances floues.

Et dans un rapport basé sur le travail d'enquête réalisé par l'opposant Boris Nemtsov avant son assassinat en février à Moscou, les proches de l'opposant affirment que plus de 200 soldats russes ont péri en Ukraine. Selon le rapport, les troupes russes ont pour la première fois été envoyées "massivement" en Ukraine en août 2014, pour épauler les rebelles dans leur contre-offensive à Ilovaïsk et sur le front sud de Donetsk, fief séparatiste.

Une nouvelle trêve a été conclue en février à Minsk grâce à la médiation franco-allemande, et en présence du président russe Vladimir Poutine, mais les incidents meurtriers restent quasi quotidiens après plus d'un an de conflit qui a fait plus de 6.200 morts.

Dimanche, deux soldats ukrainiens et deux volontaires ont été tués dans l'explosion de leur véhicule sur une mine, selon Vladislav Seleznev. Le même jour, le porte-parole militaire Andriï Lyssenko avait annoncé la mort de trois autres soldats, dont un à Chtchastia.