International Les dirigeants européens, qui auront le dernier mot le 17 décembre sur l’ouverture de négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE, sont majoritairement favorables à la cause d’Ankara mais doivent souvent composer avec des opinions réticentes voire hostiles et des partis divisés.

Le Royaume Uni est le principal partisan de la cause turque. Londres estime qu’un non à Ankara isolerait la Turquie et ne serait dans l’intérêt de personne.

A l’inverse, l’opposition est quasi générale en Autriche, même si le chancelier conservateur Wolfgang Schuessel, dont 76% des concitoyens rejettent l’adhésion turque selon un sondage, a semblé infléchir son discours en disant le week-end dernier «oui à des négociations, mais avec une issue ouverte».

C’est en Allemagne et en France que la question de l’adhésion de la Turquie divise le plus. Dans un pays qui héberge la plus importante communauté turque de l’UE (2 millions), le gouvernement du chancelier social-démocrate Gerhard Schroeder et ses alliés verts soutiennent la candidature d’Ankara.

Mais l’opposition chrétienne-démocrate est debout contre le projet. Sa chef de file Angela Merkel a écrit à tous les chefs d’Etat et de gouvernement des 25 et est venue mercredi à Paris défendre l’alternative d’un «partenariat privilégié» avec la Turquie auprès de Jacques Chirac.

Le président français fait face à une situation particulièrement compliquée. M. Chirac juge «irréversible» le processus menant à l’adhésion de la Turquie et le soutient sans ambiguïté, mais son parti, l’UMP (Union pour un mouvement populaire), y est opposé, ainsi qu’une grande partie de l’opinion.

Au sein du gouvernement, le ministre des Affaires étrangères Michel Barnier a pris fait et cause pour Ankara. «Les avantages pour nous et pour la Turquie l’emportent sur les difficultés», a-t-il estimé mardi. Mais le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin s’est interrogé sur l’opportunité de voir «le fleuve de l’islam (rejoindre) le lit de la laïcité» et le ministre des Finances et probable futur patron de l’UMP Nicolas Sarkozy, très réservé, a réclamé un référendum le moment venu sur l’adhésion turque.

Dans l’opposition de gauche, le Parti socialiste, officiellement favorable à Ankara mais à condition notamment que le génocide arménien soit reconnu, marche aussi sur des oeufs. Son numéro deux, Laurent Fabius, juge qu’une adhésion de la Turquie ne serait «pas raisonnable».

En Espagne, gouvernement, majorité socialiste et opposition de droite sont clairement favorables à l’adhésion. Le Portugal est favorable à l’ouverture de négociations.

En Italie, le chef du gouvernement Silvio Berlusconi est un ardent défenseur de l’adhésion de la Turquie. Mais la Ligue du nord (populiste et xénophobe), membre de la coalition gouvernementale, y est opposée.

La Belgique est favorable à l’ouverture de négociations dans le strict respect des critères requis. Les Pays-Bas, qui président actuellement l’UE, restent sur la réserve mais sont plutôt favorables. La Grèce loue les réformes turques et souhaite l’intégration, mais réserve sa décision.

Chez les nouveaux Etats membres, la Pologne affiche un «ferme soutien» à l’adhésion d’Ankara, tout comme les trois pays baltes (Lituanie, Lettonie, Estonie). République tchèque, Slovaquie, Hongrie, Slovénie sont dans l’ensemble favorables à des négociations si la Turquie remplit les critères.

Au nord de l’Europe, le Danemark, où l’extrême-droite est hostile et la gauche social-démocrate sceptique, se montre très sourcilleux sur ce respect des critères, alors que ses deux voisins nordiques, Suède et Finlande, sont favorables à l’adhésion.