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Face à l’intronisation de Donald Trump, les habitants du Kremlin sont fébriles dans l’espoir inavoué que le 45e président des Etats-Unis acceptera “le nouveau Yalta” pour gérer ensemble les destinées de ce monde. 

Dans une émission télévisée de la semaine dernière Vladimir Jirinovski, ce porte-parole occulte du Kremlin, avait bien décrit les prétentions de Moscou qui comportent la restauration de l’Union soviétique et la disparition de l’Otan et de l’Union européenne. Simultanément, la télévision officielle russe a affirmé que Barack Obama est entré dans l’histoire américaine comme le plus mauvais président depuis la Seconde Guerre mondiale, et Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, a prétendu, toujours cette semaine, qu’à l’époque, les diplomates américains en poste à Moscou “se déguisaient en femmes pour participer aux manifestations de l’opposition”. Ces derniers jours les officiels russes multiplient les prises de parole en faveur de Donald Trump contre “les critiques hypocrites de l’administration sortante”.

Mardi dernier, Vladimir Poutine est intervenu personnellement pour innocenter Donald Tramp soupçonné d’avoir eu recours aux services des prostituées russes. Selon lui, dans son rôle d’organisateur des concours de beauté, M. Trump est constamment entouré de belles femmes, et qu’il n’a pas besoin de les chercher ailleurs. “Encore que les prostituées russes soient les plus belles”, a-t-il ajouté.

Troc inacceptable

Quant à l’avenir des relations russo-américaines, il reste toujours absolument mystérieux. Il y a quelques jours, Donald Trump a semé la panique au Kremlin en proposant sans autres précisions d’échanger la levée des sanctions antirusses contre la réduction des arsenaux nucléaires de la Russie et des Etats-Unis. Bien entendu, la Russie a catégoriquement rejeté toute possibilité d’un tel troc sans aborder au préalable le problème de système de défense antimissiles américain. Mais il faut reconnaître que c’est la Russie elle-même qui a donné dans le temps le prétexte aux Américains de lier ensemble les problèmes de désarmement et le problème des sanctions (avec la demande d’annulation de la “loi Magnitski” ainsi que le dédommagement des pertes subies par la Russie à cause des sanctions) dans le tristement célèbre “décret sur plutonium” qui ressemblait à un ultimatum, que M. Poutine a signé en octobre dernier.

D’autre part, selon l’expert russe Vladimir Frolov, en novembre dernier, déjà, Donald Trump aurait eu une conversation confidentielle avec le président ukrainien Petr Porochenko pour lui proposer le scénario suivant : la Russie évacue le Donbass mais garde la Crimée après un référendum dûment organisé, et après avoir récompensé les pertes matérielles à l’Ukraine. En échange, Kiev doit renoncer à ses intentions de devenir membre de l’Otan et de l’Union européenne. Mais visiblement ça n’arrange pas Moscou qui voudrait y ajouter tout l’espace postsoviétique comme une sphère de ses intérêts privilégiés, où les Etats-Unis devraient reconnaître le leadership de la Russie et son droit au contrôle politique et économique. Finalement, il semblerait que Moscou a provisoirement renoncé à essayer de déchiffrer les messages aussi contradictoires que sibyllins de Trump et de ses collaborateurs pour adopter la formule du président américain-élu, selon laquelle, “la Russie et les Etats-Unis doivent coopérer dans les sphères où leurs intérêts nationaux coïncident”. Telle a été la déclaration laconique du ministre Sergueï Lavrov mercredi dernier. Cependant Mme Matvienko, speaker du Sénat russe, vient de lancer un ballon d’essai en déclarant que la Russie serait prête à annuler “la loi Dima Vassiliev” (document qui interdit l’adoption par les citoyens américains d‘enfants russes, voté comme une riposte à “la loi Magnitski”).