International

CORRESPONDANT PERMANENT À PARIS

Diffusées lundi au 20 Heures de France 2, les images ont fait froid dans le dos. Tournées en caméra cachée, elles montraient comment, à l'aéroport parisien de Roissy - l'un des plus grands d'Europe, fréquenté chaque année par 55 millions de passagers -, n'importe quel terroriste potentiel pouvait, depuis les entrepôts de la société de courrier Chronopost, pénétrer dans la zone de sécurité réservée voire sur les pistes et y introduire des engins explosifs ou des armes.

C'est depuis la fin juillet, en fait, que les syndicats des personnels de Roissy dénoncent les lacunes du dispositif de sécurité de l'aéroport, qui, pour eux, «grâce à Chronopost, est une vraie passoire». Fin juin, après une descente de la gendarmerie dans ses hangars (qui a mis au jour des «manquements graves à la sûreté aérienne»), la société de courrier a dû s'acquitter d'une amende de plus de 70 000 euros et a été sommée de sécuriser ses installations. La diffusion lundi d'images tendant à prouver que pas grand-chose n'a été fait depuis a ulcéré les autorités. Une enquête administrative est en cours, et une réunion d'urgence a été programmée à la préfecture. Chronopost serait menacé de fermeture administrative.

Des ratés retentissants

Mardi, cette société était aux abonnés absents. Et Aéroports de Paris (ADP) se refusait à commenter le reportage accablant, renvoyant à la préfecture. C'est la deuxième grosse polémique qui éclate en quelques mois à peine à propos des lacunes sécuritaires présumées de l'aéroport parisien. Au printemps, la police avait fait fermer une trentaine de salles de prières clandestines à Roissy, après que le tribun souverainiste Philippe de Villiers eut dénoncé le noyautage de cet aéroport par des réseaux islamistes.Depuis le 11 septembre 2001, ADP a doublé ses effectifs dédiés à la sûreté (soit 4 350 personnes aujourd'hui), et a investi plus de 300 millions d'euros dans ce secteur. En 2005, 3 000 membres du personnel de ses aéroports ont été formés à la sûreté. Des appareils perfectionnés de détection des explosifs et un dispositif de contrôle biométrique des 100 000 employés de Roissy et d'Orly ont été mis en place.Ce n'était pas du luxe. Ces dernières années, en effet, une série d'audits et/ou de tests accablants ont cloué au pilori le dispositif de sécurité en vigueur à Roissy. Quelques ratés retentissants (la perte par les gendarmes d'une boulette de plastic placée dans des bagages lors d'un exercice, l'atterrissage sans autorisation d'un avion de tourisme non identifié, etc.) firent même grand bruit.

Sans parler de Richard «Shoebomber» Reid, qui, en 2001, déjoua tous les contrôles de sécurité de Roissy et embarqua sans encombre à bord d'un avion pour Miami avec ses chaussures piégées aux pieds.

© La Libre Belgique 2006