L’affaire Chebeya continue à Bxl

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International

Avocat au barreau de Bruxelles, Me Jean-Claude Ndjakanyi va déposer plainte ce jeudi, avec constitution de partie civile, pour menaces. Vendredi 18 juin, il a en effet reçu un coup de fil "avec numéro caché", a-t-il raconté à "La Libre Belgique", "par lequel une dame s’exprimant en français" avec l’accent congolais "me disait : "Nous pouvons en finir avec vous" et "c’est votre tour maintenant".

Me Ndjakanyi est convaincu que ces menaces sont liées au fait qu’il a déposé plainte le 5 juin et s’est constitué partie civile, le 10 juin, contre trois personnalités congolaises, conformément aux vœux du défenseur des droits de l’homme Floribert Chebeya, président de l’association Voix des sans Voix (VSV), assassiné le 1er juin dernier à Kinshasa.

"En mars dernier, Floribert est venu en Belgique. Nous avons eu un entretien de deux heures et demi au sujet des massacres au Bas-Congo" de janvier 2007 (134 morts) et février-mars 2008 (une centaine de morts). Il s’agit de la répression, par les forces de l’ordre, de manifestations violentes de la secte politico-mystique Bundu dia Kongo (interdite depuis mars 2008) qui protestait contre ce qu’elle jugeait être une manipulation de l’élection du gouverneur du Bas-Congo. Lors des deux répressions, l’Onu avait critiqué un "usage excessif de la force", des civils non armés ayant été abattus.

"Notre plainte concerne le ministre de l’Intérieur de l’époque, le général Denis Kalumé (aujourd’hui Commissaire général au Cinquantenaire de l’indépendance du Congo), l’inspecteur général de la police nationale John Numbi et l’inspecteur principal de police pour le Bas-Congo, Chalwé Ngwashi Raus, de nationalité belge", indique l’avocat.

"J’attendais des documents de Floribert. Le 31 mai, il m’a fait parvenir un Email indiquant que la VSV voulait se constituer partie civile et m’indiquant qu’il avait trouvé 18 parents de victimes du Bas-Congo" pour soutenir la plainte. Le lendemain 1er juin, à Kinshasa, Floribert Chebeya était convoqué chez l’inspecteur général John Numbi pour 17 h et était assassiné. Ce dernier a été placé en résidence surveillée.

La plainte de la VSV à Bruxelles a été déposée sur base de la loi de compétance universelle, l’élément de rattachement à la Belgique que cette loi exige étant fourni par la nationalité belge de Chalwe Raus, précise Me Ndjakanyi. "La plainte est étendue aux deux autres, parce qu’ils constituent à nos yeux, avec le premier, une bande de malfaiteurs."

L’avocat s’étonne de la manière dont l’enquête sur l’assassinat de Floribert Chebeya est menée à Kinshasa. "C’est normalement au parquet de constater le crime. Là, sans attendre le parquet, la police a déplacé le corps d’abord vers ses locaux, puis à la morgue."

En outre, "les aveux obtenus" (et rendus publics) du colonel de police Daniel Mukalay, chef des services spéciaux, qui a dit avoir agi sur ordre de l’inspecteur général John Numbi, "ne l’ont pas été sur instruction du parquet mais sur instruction de Pierre Lumbi, conseiller spécial à la Présidence pour la sécurité ! Une procédure aberrante, qui ne garantit pas la neutralité de la Présidence dans cette affaire", ajoute l’avocat.

"Enfin, ces aveux - qui ne sont pas contestés - indiquent que John Numbi a donné l’ordre de tuer Floribert Chebeya "avec l’aval de la haute hiérarchie". Or, qui, au Congo, est au-dessus du chef de la police ? Quand on dit "la haute hiérarchie", au Congo, on désigne la Présidence..." accuse Me Ndjakanyi, qui a indiqué être "en contact avec l’un des exécutants en fuite".

Le Réseau congolais des organisations de défense des droits de l’homme (Renadhoc) souhaite que M. Chebeya soit enterré à Kinshasa le 30 juin, date symbole des libertés pour lesquelles il se battait. Les autorités de Kinshasa font cependant "pression sur la veuve" pour que ce soit plutôt le 26, "tout comme les ambassades de Belgique, du Canada et des Etats-Unis à Kinshasa, afin de ne pas troubler les cérémonies officielles", dénonce encore l’avocat.

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