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Le ton monte entre la Russie et l'Arménie suite à l'inculpation de pro-russes dans cette région du Caucase. Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, met en garde Erevan contre une déstabilisation du lien qui unit les deux pays.

La politique étrangère de l'Arménie serait-elle à un tournant de son histoire ? C'est en tout cas ce que craint Moscou. L'ancien président arménien pro-russe Robert Kotcharian, est poursuivi dans son pays pour être impliqué dans les tensions post-électorales de 2008. L'opposition qui était hostile à l'élection de son successeur avait alors été violemment réprimée, faisant plusieurs morts. Un membre d'une organisation politico-militaire menée par la Russie (OTSC), Yuri Khachaturov, est également concerné.

Un lien fort avec la Russie

Ces deux personnalités sont reconnues par le Kremlin comme des alliés dans ce petit pays proche de Moscou. Mais un événement a redistribué les cartes : la révolution arménienne de mai dernier. Après de longues protestations, le Premier ministre arménien a cédé sa place à son opposant, Nikol Pachinian.

Depuis lors, l'Arménie, soucieuse de garder de bonnes relations avec la Russie, a déclaré garder la même politique étrangère. Il faut dire qu'elle a tout intérêt à faire ça. Les liens économiques sont forts entre les deux pays. La Russie possède une base militaire dans le pays et elle apaise les tensions avec le grand rival de l'Arménie : l'Azerbaïdjan. Retourner sa veste contre Moscou signifierait prendre un gros risque pour Erevan.

Vers une coopération occidentale ?

Et pourtant, l'élection de Pachinian s'est faite sur fond de ressentiment anti-russe au sein de la population, l'influence du Kremlin n'étant pas toujours appréciée dans l'ancienne république soviétique. Depuis, la grande question est de savoir si le nouveau gouvernement va rester fidèle à Poutine.

Pachinian tente quand même un rapprochement avec les pays occidentaux. À Bruxelles, il a voulu s'attirer les faveurs des États-Unis, de l'Union européenne (UE) et de l'OTAN. Tout en continuant à rencontrer les officiels russes sur le côté. Mais une nouvelle stratégie semble se mettre en place, plus équilibrée. Pour l'instant, l'UE et les USA promettent de renforcer la coopération avec l'Arménie et l'enjoignent à mener des réformes.

Pachinian à Bruxelles lors d'un sommet de l'OTAN
© REPORTERS

Une presse russe bien fébrile

Jusqu'à aujourd'hui, la Russie a préféré ne pas réagir. Probablement pour ne pas susciter l'antipathie des Arméniens mais aussi pour éviter un scénario à l'ukrainienne.

C'est pourtant bien une répétition de l'histoire qui est crainte en Russie. D'où le titre du site russe "gazeta.ru" : "Pourquoi Pachinian suit l'exemple de Porochenko [ndlr : le président ukrainien]". Même ton sur "lenta.ru" qui qualifie l'Arménie de "sœur jumelle" de l'Ukraine.

La bonne entente entre Moscou et Erevan tient donc notamment au sort réservé à Kotcharian et Khachaturov. Du jeu d'équilibriste de Pachinian dépendra la configuration géopolitique du Caucase.