International

L'ambassade d'Israël à Varsovie a dénoncé vendredi une "vague d'attaques à base d'antisémitisme" déferlant sur la Pologne, en pleine querelle diplomatique sur les responsabilités polonaises dans l'Holocauste et la liberté de débat sur cette question.

Le Sénat polonais a voté dans la nuit de mercredi à jeudi une loi controversée sur la Shoah, destinée à défendre l'image du pays mais qui a irrité Israël, fait l'objet de sérieux avertissements, critiques ou expressions d'inquiétude de Washington, ainsi que de nombreuses organisations juives et institutions internationales, dont le Conseil international d'Auschwitz.

Pour entrer en vigueur, la loi, qui aux yeux des conservateurs au pouvoir en Pologne doit empêcher qu'on utilise l'expression erronée de "camps de la mort polonais" à propos de ceux installés par les nazis allemands en Pologne occupée, doit être encore signée par le président Andrzej Duda.

"Ces derniers jours, nous avons enregistré une vague d'attaques à base d'antisémitisme. Des déclarations et des commentaires antisémites, dont nombre visant directement l'ambassadrice Anna Azari, nous sont parvenus par tous les canaux possibles", selon un texte publié sur le site de l'ambassade.

Le communiqué pointe du doigt la toile polonaise, effectivement frappée par de nombreux propos antisémites, et les médias, nommément la chaîne publique TVP Info. Cette dernière a ensuite dans un communiqué présenté ses excuses à l'ambassadrice.

C'est sur cette chaîne que des commentateurs connus sont allés jusqu'à ironiser récemment sur "des camps juifs" de la mort.

"Appliquant la même terminologie (que celle des 'camps de la mort polonais', ndlr), on pourrait dire que ces camps n'étaient ni allemands ni polonais mais juifs. Finalement qui desservait les fours crématoires? Et qui est-ce qui y périssait?", ont dialogué les commentateurs.

L'un d'eux venait de ressusciter sur son compte Twitter la grosse insulte adressée autrefois aux Juifs traités alors de "galeux cupide".

L'ambassade d'Israël n'a pas évoqué ces propos qui ont suscité une avalanche de critiques en Pologne.

En revanche, elle a dénoncé aussi des fake news diffusés par TVP Info, notamment celle faisant un lien jamais prouvé entre les critiques israéliennes de la nouvelle loi et le lancement en Pologne de travaux sur la compensation modeste des biens immobiliers nationalisés par le régime communiste à l'issue de la Seconde guerre mondiale, dont nombre avaient appartenu aux Juifs.

"Jusqu'à présent nous nous sommes retenus de réagir mais nous ne pouvons plus nous taire", a alerté l'ambassade dans son communiqué.

TVP Info a présenté plus tard vendredi des excuses officielles, retiré le contenu offensant de son compte Twitter et annoncé que "des mesures disciplinaires" seraient prises à l'encontre des responsables.

"Le Conseil d'administration de la Télévision polonaise est d'avis qu'il ne peut y avoir de place à la télévision publique pour des contenus discriminatoires et (pratiquant) l'exclusion", a déclaré TVP Info dans un communiqué présentant également ses excuses à l'ambassadrice Anna Azari.