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Le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, a effectué une visite surprise lundi à Bagdad pour tenter d’empêcher la dislocation totale de l’Irak. Il a rencontré durant 90 minutes le Premier ministre irakien, le très contesté Nouri al-Maliki, puis des responsables sunnites et chiites.

Sa visite intervient au moment où le groupe radical sunnite, l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), allié à des clans sunnites locaux, étend progressivement son emprise sur le nord et l’ouest du pays.

L’EIIL capitalise ses victoires militaires sur le ressentiment d’une partie des sunnites à l’égard du Premier ministre chiite, dont le bloc a remporté les élections législatives du 30 avril mais se trouve incapable de former un gouvernement.

Une "menace existentielle" selon M. Kerry

C’est de cela qu’est venu discuter le haut responsable américain. Les Etats-Unis et les Européens, réunis à Luxembourg lundi, pressent Bagdad de former un gouvernement d’union nationale qui inclurait davantage la population sunnite, légèrement minoritaire, à 46 %, dans le pays.

"C’est le moment pour les dirigeants d’Irak de prendre des décisions", a martelé John Kerry lors d’une conférence de presse à Bagdad. "L’Irak fait face à une menace existentielle et les dirigeants irakiens doivent répondre à cette menace."

Depuis des mois, Nouri al-Maliki est accusé de mener une politique confessionnelle et autoritaire en Irak. Il s’était débarrassé - dès le départ des derniers soldats américains en 2011 - de l’ancien vice-président Tarek Al-Hachemi, un dirigeant sunnite influent, en lui faisant décerner une notice rouge d’Interpol. Ce dernier, lors d’une visite rocambolesque à Bruxelles en octobre dernier, avait appelé déjà à un gouvernement rassemblant toutes les minorités et un "Etat civil et démocratique", indépendant de l’Iran et de ses ayatollahs.

Kerry a promis le soutien "intense et durable" des Etats-Unis pour repousser les forces de l’EIIL, mais n’a pas dit comment. Al-Maliki a réitéré sa demande de frappes ciblées sur les forces islamistes, mais Kerry dit craindre des victimes civiles. Seule certitude : l’envoi à Bagdad de 300 conseillers militaires américains.

Pour le président Obama, qui a fait du retrait d’Irak et d’Afghanistan, une promesse majeure des ses campagnes électorales, toute intervention militaire directe en Irak serait considérée comme un désaveu de sa propre politique. "Chacun regarde maintenant les Etats-Unis pour venir à la rescousse du gouvernement à Bagdad, y compris sur le plan militaire", ajoute Sven Biscop, directeur à l’Institut royal des relations internationales (IRRI - Egmont). "Mais l’Europe ne peut pas considérer cela comme étant seulement un problème américain." Car les risques de débordement de la guerre syrio-irakienne sur les pays voisins (Jordanie, Turquie, Liban) sont bien présents.

Les islamistes ont un véritable butin de guerre

L’EIIL contrôle maintenant plusieurs postes frontières avec la Syrie et la Jordanie. Et les islamistes ont mis la main sur un véritable butin à Mossoul (environ 400 millions de dollars dans les caisses des banques de la ville et 250 000 dollars dans les coffres du conseil provincial, selon le chef du conseil provincial de Ninive, dont fait partie Mossoul). Si l’on ajoute les revenus des puits de forage pétroliers qu’ils ont conquis, le racket des habitants et le négoce des otages occidentaux auquel l’EIIL se livre en Syrie, on a affaire au hold-up du siècle commis par un groupe par ailleurs décrit comme brutal et sans pitié.