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Les dizaines de milliers de Vénézuéliens qui fuient la crise dans leur pays à travers l'Amérique latine sont confrontés à des législations de plus en plus restrictives, sans compter les poussées de xénophobie.

Environ 2,3 millions de Vénézuéliens (7,5% d'une population de 30,6 millions) vivent à l'étranger, dont 1,6 million qui ont émigré depuis 2015 quand les pénuries de nourriture et de médicaments se sont aggravées, parallèlement à l'hyperinflation, selon les Nations unies.

Quelque 90% d'entre eux se sont réfugiés dans les pays de la région. La Colombie, le Pérou et l'Equateur sont les principales terres d'accueil de ce flux, qui s'étend à d'autres pays sud-américains comme le Brésil.

Faute d'une politique coordonnée, à chaque frontière les Vénézuéliens sont confrontés à des situation différentes : montrer une simple carte d'identité vénézuélienne, faire face à des militaires, comme au Brésil, ou devoir fournir un passeport.

Ce document est très difficile à obtenir au Venezuela en raison de la crise économique et de la pénurie généralisée, qui concerne aussi le papier pour imprimer les passeports.

"C'est un ensemble de mesures restrictives qui vont à l'encontre de la mobilité des gens. Elles affaiblissent les droits (des migrants) et renforcent leur précarité face (...) au trafic d'êtres humains", assure Maria Amelia Viteri, chercheuse spécialisée sur les questions migratoire à l'université San Francisco de Quito.

L'Amérique latine se réunit lundi et mardi dans la capitale équatorienne afin de débattre, pour la première fois, d'une politique commune face à cette crise migratoire sans précédent dans la région.

Parmi les pays à proximité du Venezuela, la Colombie demande une carte d'identité vénézuélienne en cas de transit, mais un passeport à ceux qui veulent rester sur son territoire.

Demandes d'asile 

L'Equateur, pays de passage pour ces migrants, avait un temps mis en place l'obligation de passeport, avant que la justice ne suspende cette mesure le 24 août. Quito exige désormais une carte d'identité certifiée par Caracas ou par un organisme international.

Le Pérou, attractif en raison du dynamisme de son économie, a également durci ses conditions : les Vénézuéliens doivent présenter un passeport ou demander le statut de réfugié.

Lima a ensuite légèrement assoupli ces règles, en autorisant l'entrée sur présentation d'une carte d'identité aux femmes enceintes, aux personnes de plus de 70 ans et aux enfants venant rejoindre leurs parents.

La Bolivie, pays ami du pouvoir en place à Caracas, autorise toujours l'entrée sur son territoire avec une simple carte d'identité.

Plus au sud, l'Argentine et l'Uruguay, membres du Mercosur, le marché commun sud-américain qui a suspendu le Venezuela en 2017, permet également aux migrants d'entrer avec le même type de document, sauf pour ceux voyageant en avion.

Malgré le déploiement de militaires dans le nord du Brésil "afin de garantir la sécurité des citoyens brésiliens mais aussi des immigrants vénézuéliens", selon le président Temer, ce pays également membre du Mercosur ne demande que la carte d'identité.

Brasilia étudie la possibilité de mettre en place des restrictions dans la foulée de la flambée de violence dans l'état frontalier de Roraima.

A l'exception du Costa Rica, les pays centraméricains exigent un visa, y compris le Nicaragua, proche allié du président socialiste vénézuélien Nicolas Maduro.

Exception dans la région, le gouvernement chilien du conservateur Sebastian Piñera a récemment mis en place un visa de "responsabilité démocratique" qui doit être demandé au consulat à Caracas. D'une durée d'un an, renouvelable une fois, ce document permet ensuite de demander la résidence définitive au Chili.

Pour ceux qui peuvent démontrer qu'ils font l'objet de persécutions politiques ou ont été victimes de violences, les Etats-Unis représentent une option.

L'an dernier, plus de 27.000 Vénézuéliens y ont demandé l'asile, plus du double qu'en 2016 et cinq fois plus qu'en 2015.

"Les demandes d'asile ont grimpé en flèche ces dernières années", déclare à l'AFP Michael Bars, porte-parole des services d'immigration et de la citoyenneté aux Etats-Unis (USCIS). Mais "notre système connaît des vides juridiques, des fraudes et des abus, et cela empêche (les dossiers de) demandeurs d'asile légitimes d'être traités rapidement", ajoute-t-il.

Depuis le 1er janvier, quelque 16.000 Vénézuéliens ont déposé une demande d'asile aux Etats-Unis.