International Correspondant en Allemagne

Un Allemand sur cinq est un antisémite latent" , affirme une commission instituée par le gouvernement Merkel. Pour le vice-président social-démocrate du Bundestag, Wolfgang Thierse, qui a présenté l’étude, "l’antisémitisme n’est pas parcellaire, c’est un problème durable" .

Le rapport a reçu un accueil mitigé. Alors que les médias de gauche comme la chaîne de télé ARD, "Süddeutsche Online" et "Spiegel Online" parlent d’un résultat alarmant, la "Frankfurter Allgemeine", conservatrice, n’en touche pas mot.

Le rapport concède que dans l’ensemble l’antisémitisme n’a pas progressé. Mais les auteurs croient savoir qu’il n’est plus mis au ban de la société et "tabouisé" comme autrefois. L’étude fait état d’ "une accoutumance à une banalisation des paroles et pratiques antijuives" .

Selon l’historien Peter Longerich, au lieu de disparaître avec les générations qui ont vécu sous le nazisme, l’antisémitisme "se répand de façon souterraine" .

L’étude insiste particulièrement sur la xénophobie et l’antisémitisme régnant dans les stades de football des ligues régionales. Les hooligans y scanderaient des slogans du genre : "les synagogues doivent brûler" , "les juifs dans les chambres à gaz" ou "Auschwitz est de nouveau là" , surtout quand des équipes allemandes affrontent "des équipes juives" . Or, faut-il objecter, il n’y a pas d’équipes juives à proprement parler en Allemagne. Les auteurs de l’étude pensent peut-être à des clubs israéliens.

Dans d’autres cas, également ils font l’amalgame entre antisémitisme et antisionisme, opposition à Israël : ainsi, ils notent que les islamistes vivant en Allemagne sont antisémites parce qu’ils nient l’Holocauste et contestent le droit d’existence d’Israël.

Evidemment, relève le rapport, l’antisémitisme est le plus répandu dans l’extrême droite, responsable de 90 % des délits antisémites. Dans ces milieux, l’antisémitisme serait toujours le lien le plus puissant. Toutefois, les autorités relèvent que le trio terroriste d’extrême droite récemment neutralisé a tué neuf étrangers, huit Turcs et un Grec, et aucun juif.

Selon l’étude, certains extrémistes de gauche seraient antisémites par opposition à Israël. La sympathie pour les Palestiniens ne joue apparemment aucun rôle dans l’étude politiquement correcte. Le Conseil central des juifs allemands prend rarement position contre des exactions de l’Etat israélien.

Le rapport indique que l’Internet est devenu une plateforme très efficace pour les antisémites d’extrême droite et islamistes et les négationnistes. La savante Juliane Wetzel a relevé "qu’en Allemagne il n’y a pas de vaste stratégie contre l’antisémitisme, mais uniquement des mesures non coordonnées" .

L’étude situe cependant l’Allemagne au milieu d’une sorte de moyenne européenne, l’antisémitisme étant, selon ses auteurs, plus virulent en Pologne, en Hongrie et au Portugal notamment.