International MSF accuse les Européens de "marchander des vies humaines".

Alors que l’Aquarius arrivait à bon port, dimanche à Valence, d’autres migrants secourus en mer attendaient de pouvoir débarquer en Italie. Quarante-deux personnes, sauvées par un navire de la marine américaine après un naufrage au large de la Libye, ont été transbordées sur un bateau des garde-côtes italiens. Le "Diciotti" comptait déjà à son bord quelque 500 migrants secourus dans la semaine.

Le vaisseau américain USNS Trenton, qui fait partie du dispositif de l’Onu, avait d’abord demandé assistance, mardi, au navire d’une ONG allemande, le "Sea-Watch 3". Mais l’ONG avait renoncé à prendre les migrants à son bord, le centre de coordination des secours des garde-côtes n’ayant pas donné l’autorisation de les transporter dans un port italien.

MSF continue

Dimanche, Thierry Allafort, le directeur général de Médecins sans frontières (MSF) a déclaré, via Twitter, que ses équipes restaient "déterminées à continuer de sauver des vies, et à résister à l’intimidation de gouvernements obsédés par le refoulement des migrants à tout prix". Ils "doivent cesser de marchander des vies humaines et d’obstruer les opérations de sauvetage de la société civile". Depuis l’année dernière, assène MSF, "la capacité des ONG et de la société civile à mener des opérations de recherche et sauvetage en mer a été entravée par la multiplication d’obstacles bureaucratiques, de mesures d’intimidation, et des procédures judiciaires à l’encontre de personnel d’ONG".

Le refus de l’Italie, le 10 juin, d’accueillir l’"Aquarius", un navire humanitaire avec plus de six cents migrants à son bord, a plongé l’Europe dans une nouvelle crise politique sur la question migratoire. Le bateau s’est retrouvé sans destination, avant que l’Espagne ne propose de l’accueillir dans le port de Valence, où ils sont arrivés ce dimanche après une semaine de mer.

"Ils sont assez heureux d’être arrivés à bon port, enthousiastes et remplis d’espoir même s’ils semblent fatigués. Mais le premier (sentiment) l’emporte sur le deuxième", a témoigné Carmen Moreno, médecin, bénévole de la Croix-Rouge, venue d’Andalousie pour l’arrivée de ces migrants à qui l’Italie et Malte ont refusé d’ouvrir leurs ports.

Les personnes en bonne santé ont été envoyées directement à un entretien avec la police pour s’identifier avant de partir en bus vers un foyer. Des enfants, les femmes enceintes et les personnes nécessitant des soins ont été acheminés vers un hôpital avant de partir aussi vers un centre d’hébergement. Ils ont reçu des kits avec des habits, une serviette, des produits d’hygiène, un peigne, une brosse à dents et la plupart du temps aussi des chaussures. En plus de l’aide de près de 500 interprètes pour se faire comprendre, les migrants ont aussi reçu celle de religieux.

Les migrants, en majorité des Soudanais et des Nigérians, pourront ensuite introduire une demande d’asile qui sera examinée par les autorités espagnoles au cas par cas. Chacun "saura s’il a le statut de réfugié, si c’est un migrant économique, et aussi, effectivement, s’il est coupable de certains délits qui le rendent passible d’expulsion", avait expliqué vendredi Isabel Celaa, la porte-parole du gouvernement.