International L’Argentine, qui s’est rendue aux urnes ce dimanche, est devenue le troisième plus gros pays exportateur de cocaïne du continent américain, selon l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNDOC). Des phénomènes inédits de délinquance, comme les exécutions en série - toutes des affaires non élucidées - en sus de l’augmentation du trafic de drogue, font du pays austral le nouveau narco-Etat du continent américain. Insensiblement, au cours de ces deux dernières décennies de gouvernements essentiellement péronistes, le pays s’est "mexicanisé", offrant une porte de sortie aux cartels colombiens et mexicains, mais aussi à la drogue transitant, voire produite, par le Brésil, la Bolivie, le Paraguay ou le Chili. Le phénomène s’est accéléré au cours de ces dix dernières années de pouvoir du couple Kirchner, Nestor puis Cristina.

Les deux manifestations les plus visibles au quotidien sont les ravages de la consommation interne et son corollaire de l’insécurité. Et puis, il y a les règlements de comptes, qui font désormais partie du paysage local. Cent nonante exécutions depuis le début de l’année. Chiffre fondé, en l’absence de données officielles, sur l’inventaire des cas reportés par les médias. "Les règlements de comptes s’opèrent en plein jour", alertait récemment Guillermo Montenegro, ministre de la Sécurité et de la Justice du gouvernement autonome de la ville de Buenos Aires. "La veuve de Pablo Escobar (le chef du cartel de Medellín, exécuté en 1994, NdlR) vit en Argentine (sous protection spéciale, NdlR) et la maison d’un gouverneur a été criblée de balles". Il faisait allusion à l’épisode vécu, il y a deux semaines, par le gouverneur de la province voisine de Santa Fe, Antonio Bonfatti, dont les murs de la résidence privée ont reçu 14 impacts de balles en signe d’avertissement.

Parrain de mafia et politicien

Nous avons rencontré Cristian Bulacio dans la petite localité de Quilmes, en périphérie de Buenos Aires connue pour être l’épicentre du narcotrafic. "Il ne se passera rien dans le landerneau de la drogue tant que cela restera une chasse gardée", nous explique cet ex-policier. "Ici, le parrain de la mafia, c’est Anibal Fernandez", lâche-t-il. "C’est lui qui a fait en sorte que tout le territoire soit une zone libre pour le trafic" et que "le système de détection des avions ne fonctionne pas", permettant aux transporteurs de drogue d’ atterrir n’importe où dans l’immensité du territoire.

Anibal Fernandez se trouve être l’ex-maire de Quilmes, avant d’avoir été ministre de la Justice de Nestor Kirchner, puis propulsé à la tête du cabinet du président. Un poste qu’il aurait en quelque sorte acheté en finançant la campagne la plus onéreuse de l’histoire argentine, celle de 2007. Aujourd’hui, il est sénateur du "Frente para la victoria" (FPV), l’émanation du péronisme créé par le couple Kirchner.

Les déclarations de Bulacio ont valu à l’ex-policier un simulacre d’exécution, trois ans de prison et deux tentatives de meurtre. Petit policier en 1997, il s’est trouvé pris au piège d’une "patota" (groupe violent de la police de la province de Buenos Aires contrôlant le trafic des êtres humains, le trafic de drogue et le commerce de voitures volées, NdlR). Il s’en est bien tiré au regard du sort qu’a connu une longue série de témoins…

Depuis, il a consacré sa vie à enquêter sur un sujet qu’il connaît à fleur de balles sifflantes. "En moyenne, 300 000 kilos de cocaïne entrent chaque mois en Argentine : 50 000 sont destinés à la consommation interne, une partie servira pour la transformation en ‘paco’ (une sorte de crack) et le reste quittera le territoire vers l’Europe". Pour rassurer l’opinion, une ou deux fois par an, se produisent des mises en scène, comme ce week-end, avec la saisie de 532 kilos de cocaïne présentée comme le démantèlement du réseau le plus vaste du pays, baptisé "Octobre blanc". Mais une saisie standard de drogue en Argentine aujourd’hui, ce sont plusieurs centaines ou milliers de kilos.

C’est dans les "villas miserias", ces cités sans existence administrative, sans nom de rues, sans eau potable ni services publics, plus occultes et plus dangereuses que les favelas brésiliennes, que se mesure l’ampleur du fléau. Les enfants sont soit décimés par le "paco", offert dès l’âge de neuf ans, soit transformés en soldats des réseaux. Une des façons de mesurer l’impact de la drogue, rappelle Bulacio, c’est la prise en compte des données hospitalières en l’absence de chiffres officiels. "L’Alameda", une ONG qui lutte contre le narcotrafic et la traite des êtres humains, apporte aussi des données en recensant sur son site Internet les points de vente de drogue, les dealers de rue, les policiers corrompus, etc. Mais ce ne sont que des initiatives approximatives, faute de mieux.

La seule initiative qui puisse infléchir le cours des événements sortira des urnes.