L'armée desserre son étau à Rangoon

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International

La junte birmane a annoncé dimanche 78 nouvelles arrestations, poursuivant la répression contre les militants pro-démocratie malgré les protestations et sanctions internationales. Ces dernières interpellations portent à près d'un millier le nombre d'arrestations admises par le régime, dont 135 moines boudhistes.

Les chiffres fournis par la junte restent bien inférieurs à ceux avancés par les organisations de dissidents birmans et les gouvernements étrangers, qui estiment que plus de 6 000 personnes ont été arrêtées après les manifestations du mois dernier, les plus importantes depuis le soulèvement pro-démocratie de 1988.

La presse pro-gouvernementale signalait dimanche des manifestations massives dans le pays, supposées soutenir le gouvernement. Les manifestants seraient désireux de dénoncer les récentes protestations "fomentées" par quelques moines et des membres de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de l'opposante Aung San Suu Kyi, toujours assignée à résidence. La junte est fortement soupçonnée d'orchestrer de tels rassemblements, chaque famille étant forcée d'envoyer une ou deux personnes aux manifestations.

Moins visible

La junte militaire a néanmoins réduit de façon spectaculaire, dimanche, la présence des forces de sécurité à Rangoon, la première ville du pays, apparemment convaincue d'avoir étouffé le mouvement de protestation mené par les moines bouddhistes. Les dernières barricades ont été levées dans le centre-ville autour des pagodes de Shwedagon et de Sule, qui étaient les points de départ et d'arrivée des manifestations de l'opposition ces derniers jours.

Les rues de Rangoon étaient pratiquement vides dimanche et les liaisons Internet avec le reste du monde sont toujours coupées.

Selon la junte, dix personnes ont été tuées lors de la répression mais les gouvernements occidentaux estiment que le bilan est bien plus élevé.

Exhortée par la communauté internationale à ouvrir le dialogue avec l'opposition, la junte militaire birmane semble avoir entrouvert la porte samedi à des pourparlers avec Aung San Suu Kyi, figure emblématique du mouvement pro-démocratique. S'adressant à la presse après son rapport au Conseil de sécurité, Ibrahim Gambari, envoyé spécial de l'Onu au Myanmar, a estimé possible des pourparlers entre la junte et Suu Kyi, qu'il a pu rencontrer deux fois malgré son assignation à résidence à Rangoon. "Au cours de nos rencontres, elle s'est montrée vraiment désireuse de pouvoir ouvrir un dialogue digne de ce nom", mais sans conditions préalables, a déclaré M. Gambari.

Le général Than Shwe, chef suprême du régime, a proposé à Suu Kyi des pourparlers directs à condition qu'elle renonce à la "confrontation" et à son soutien aux sanctions internationales.

Le Conseil de sécurité de l'Onu doit se réunir ce lundi au niveau des experts. L'indignation croissante soulevée dans le monde par la violence de la répression militaire le met sous pression pour condamner la junte au pouvoir. Les représentants des quinze pays - dont la Belgique - vont se pencher sur un projet de déclaration condamnant "la répression violente" exercée contre les manifestants birmans et appelant à la libération des prisonniers politiques, dont le chef de l'opposition et prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi.

Edulcoré

Le texte, qui n'est pas contraignant, a été soumis vendredi par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France aux autres membres du Conseil, après que l'envoyé spécial de l'Onu en Birmanie, Ibrahim Gambari, eut rendu compte de sa visite dans ce pays. Le lendemain, samedi, des manifestations ont eu lieu dans des dizaines de grandes villes dans le monde, à l'appel d'organisations de défense des droits de l'Homme, pour appeler la junte au dialogue et à la fin de la répression.

Malgré l'opinion publique internationale, le projet de déclaration a de grandes chances d'être édulcoré à la demande de la Chine et de la Russie, voire de l'Indonésie, avant de pouvoir faire l'unanimité, estiment des diplomates. Contrairement à une résolution, une déclaration doit recevoir l'assentiment des 15 membres du Conseil. Un diplomate occidental a indiqué que les experts essaieraient lundi de travailler à une version amendée du texte, qui sera ensuite soumise aux ambassadeurs.

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