L'artiste Mikis Theodorakis est devenu une figure vantée par l'extrême-droite
- Publié le 23-02-2018 à 15h08
- Mis à jour le 23-02-2018 à 15h10

Quelle ironie ! Lui qui a chanté "La libération de la Grèce de la dictature des colonels, les yeux tournés vers le Chili de Pinochet en 74", lui qui a été arrêté, torturé, emprisonné par cette dictature, lui qui était le symbole de cette Grèce qui résiste, de cette Grèce, qui durant les années de plomb, était du mauvais côté du bâton, lui, Mikis Théodorakis, le compositeur génial de "Zorba le Grec", se retrouve aujourd'hui adulé par les admirateurs de cette dictature des colonels. Le parti néo-nazi Aube Dorée le célèbre en effet pour avoir pris la tête de la manifestation nationaliste opposée à tout compromis avec "l'ex-république yougoslave de Macédoine" sur la question du nom.
Pour la réconciliation
Dans les rangs de la gauche, ça fait mal. La fille du poète Yiannis Ritsos, dont Mikis Theodorakis a mis en musique les plus beaux poèmes, comme la "Grécitée" ou "l'Epitaphios" - qui pleure la mort d'un manifestant tué par la répression du général Metaxas - a tenu à mettre les point sur les i. "J'ai appris", a-t-elle écrit sur les réseaux sociaux, "que les vers de la "Grécitée" ont été entendus dans cette manifestation. Ritsos les avait écrits pour la réconciliation des Grecs au lendemain de la guerre civile, pas pour une récupération nationaliste".
A ce jour, Theodorakis n'a pas répondu à la fille de celui qui fut non seulement son ami, mais surtout son codétenu sur les îles de Yiaros et Leros quand les colonels y envoyaient leurs opposants.
Pire, il a donné ses lettres de noblesse au parti néo-nazi grec en declarant que les "Aube Doriens" "aiment aussi leur patrie mais d'une façon agressive qui sème la discorde", ce qui est un peu léger au vu des déclarations racistes et haineuses du parti, à leurs sections d'assaut qui par deux fois ont déjà tué.
Dérive antisémite
Cela fait déjà un moment que la gauche est un peu perdue avec les declarations de Mikis Théodorakis. En 2011, il n'hésitait pas à se déclarer antisémite "même si j'aime les juifs et si j'ai vécu parmi eux", a-t-il tenu à préciser, avant d'ajouter: "mais tout ce qui se passe aujourd'hui dans le monde est en relation avec le sionisme". Et Théodorakis de conclure: "Les juifs américains sont derrière toutes les crises économiques dans le monde et derrière celle qui frappe la Grèce". C'est à cette époque qu'on a commencé à voir des tags dans les rues d'Athènes demandant à Theodorakis "de la fermer".
La veille de cette fameuse manifestation qui a marqué un point de non retour dans ses rapports avec la gauche, un groupe anarchiste a lancé de la peinture rouge sur sa maison et y a inscrit des slogans sarcastiques. "S'ils veulent me tuer qu'ils le fassent, j'ouvrirai grand la fenêtre pour qu'ils puissent bien viser", a répondu Thédorakis. "Ma seule religion, c'est la Grèce". Mais de quelle Grèce parle-t-il?