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Le chancelier Kurz a annoncé qu’un officier autrichien travaillait pour Moscou. De quoi refroidir les relations avec Vladimir Poutine.

Le 18 août dernier, Karin Kneissl avait dansé et trinqué avec Vladimir Poutine, embrassant chaleureusement le président russe qui lui avait fait l’honneur d’assister à son mariage à Gamlitz. Vendredi, la ministre autrichienne des Affaires étrangères, proche du parti d’extrême droite (FPÖ), a annoncé qu’elle renonçait à sa visite à Moscou les 2 et 3 décembre et convoqué un chargé d’affaires russe à Vienne. Le pays neutre du cœur de l’Europe, pont entre l’Est et l’Ouest pendant la guerre froide, vient d’apprendre qu’un de ses officiers avait vraisemblablement mené des activités d’espionnage pour le compte de la Russie pendant plusieurs décennies.

"L’espionnage russe en Europe est inacceptable et doit être condamné", s’est réveillé le chancelier conservateur Sebastian Kurz. C’est pour le dire haut et fort que, à l’aube, il a convoqué les journalistes à les rejoindre, lui et son ministre de la Défense Mario Kunasek (FPÖ), deux heures et demi plus tard. En huit minutes, les deux hommes ont expliqué qu’ils soupçonnaient un colonel, aujourd’hui à la retraite, d’avoir mené des activités d’espionnage au profit de la Russie depuis les années 90. Elles se seraient poursuivies jusqu’à cette année encore et auraient permis au traître supposé d’encaisser au moins 300 000 euros, selon le quotidien Kronen Zeitung.

L’affaire a été mise au jour "il y a quelques semaines", a raconté Mario Kunasek, grâce à des informations fournies par l’agence de renseignement d’un autre État européen. L’officier est actuellement sous le coup d’une enquête du parquet de Salzbourg pour “divulgation de secrets d’Etat”.

Cette manière qu’ont les Européens d’étaler les affaires d’espionnage n’est pas pour plaire à Moscou. "Nos partenaires occidentaux ont pris pour règle ces derniers temps de recourir non pas à la diplomatie traditionnelle (...) mais à la soi-disant ‘diplomatie de mégaphone’, en nous accusant publiquement et en nous demandant de nous expliquer publiquement sur une question dont nous ne savons rien", s’est plaint le chef de la diplomatie russe, Serguei Lavrov, qui a fait convoquer l’ambassadeur autrichien à Moscou.

Depuis l’empoisonnement de l’ex-agent double russe Sergueï Skripal, en mars au Royaume-Uni, les Occidentaux n’hésitent plus à communiquer sur les agissements supposés des espions russes. On se souvient que, le mois dernier, les Néerlandais ont ainsi porté à la connaissance du monde la tentative de piratage du siège de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) à La Haye par quatre Russes soupçonnés d’être des agents du renseignement militaire (GRU).

"Bien sûr, si de tels cas sont confirmés, que ce soit aux Pays-Bas ou en Autriche, cela ne pourra pas améliorer les relations entre l’UE et la Russie", a regretté Sebastian Kurz.

Pourtant, Moscou avait trouvé à Vienne un partenaire relativement compréhensif. L’Autriche s’était distinguée en refusant d’expulser des diplomates russes en réaction à l’empoisonnement de Sergueï Skripal, affirmant vouloir “maintenir ouverts les canaux de communication avec la Russie”. Plusieurs services occidentaux auraient d’ailleurs, selon la presse, limité leurs échanges d’informations avec l’Autriche de peur que celles-ci ne soient partagées avec Moscou. Cette affaire poussera peut-être désormais le gouvernement Kurz à prendre ses distances avec Vladimir Poutine.