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Le président du Brésil Michel Temer a été accusé vendredi par le procureur général d'obstruction à la justice, pour avoir tenté "d'empêcher l'avancée" de l'opération "Lavage express", qui a révélé le méga-scandale de corruption Petrobras.


Temer, putschiste !", "Temer, dehors !", "Elections directes tout de suite ! " Pour les dizaines de milliers de Brésiliens venus défiler jeudi soir dans les rues du centre de Rio de Janeiro contre leur président par intérim, il n’existait qu’une seule issue à la folle journée que venait de connaître le pays : le départ de Michel Temer et l’organisation de nouvelles élections, sans attendre le scrutin présidentiel de 2018.

" Nous savions que le gouvernement actuel n’avait aucune légitimité pour gouverner, nous en avons enfin la preuve ", déclarait une jeune militante. Un peu plus loin, des manifestants portaient un faux cercueil orné d’autocollants faisant référence aux réformes d’austérité défendues par le gouvernement. Après deux heures, la police militaire a dispersé la foule au gaz lacrymogène.

Enregistrement

Tout le pays retient désormais son souffle, les yeux rivés sur Brasilia, où pourrait se jouer le dénouement du scandale Petrobras, feuilleton politico-judiciaire qui a plongé le Brésil dans sa pire crise politique depuis des décennies. Les événements se sont précipités mercredi soir, lorsque le puissant quotidien "O Globo" a révélé que le chef de l’Etat avait été enregistré donnant son accord pour acheter le silence d’Eduardo Cunha, ancien président de la Chambre des députés, aujourd’hui derrière les barreaux pour son implication dans le scandale.

Issu du même parti centriste que Michel Temer, le PMDB, l’ex-parlementaire est soupçonné de détenir de nombreux secrets sur ses anciens alliés politiques. Le journal s’appuie sur les enregistrements confiés à la justice par les frères Joesley et Wesley Batista, patrons du géant brésilien de l’agroalimentaire JBS.

Mis en cause dans le scandale, les deux chefs d’entreprise ont accepté de collaborer avec la justice contre une remise de peine, et d’enregistrer leurs ex-complices à leur insu. Temer en a fait les frais. Selon "O Globo", le 7 mars dernier, lors d’une conversation privée avec le chef d’Etat, Batista lui explique qu’il verse des pots-de-vin à Eduardo Cunha pour le faire taire. "Il faut continuer, d’accord ? ", lui aurait répondu le président.

Celui-ci rejette en bloc ces accusations. "Je n’ai jamais autorisé le moindre paiement pour acheter le silence de quiconque ", a-t-il martelé lors d’une allocution télévisée, jeudi. Affirmant qu’il prouverait son innocence devant la Cour suprême, où une enquête a été ouverte pour obstruction à la justice, le chef de l’Etat a annoncé qu’il ne démissionnerait pas, déjouant ainsi les pronostics de plusieurs médias.

Ils quittent le navire

L’avenir de Michel Temer à la tête du Brésil s’annonce pourtant bien sombre. Lui qui avait réussi à s’assurer du soutien de plus de deux tiers des parlementaires voit s’effriter sa base alliée : alors que des personnalités réclament sa démission, de petits partis ont d’ores et déjà annoncé leur départ de la majorité gouvernementale. Le PSDB (centre-droit), principal allié du gouvernement, réfléchit lui aussi à rompre avec Michel Temer; certains de ses membres ont déposé dès jeudi une motion de censure contre le chef de l’Etat.

Sans majorité au Congrès, il voit s’éloigner l’adoption des réformes des retraites et du Code du travail, censées redresser l’économie. Les révélations de "O Globo" ont créé un mouvement de panique jeudi, entraînant la chute de plus de 10 % de la Bourse brésilienne.