L’échec des négociations a fait basculer la Colombie dans une guerre totale

AFP Publié le - Mis à jour le

International

L’année 2002 en Colombie a commencé sur la poursuite de négociations avec les FARC, mais se termine dans un combat frontal entre le pouvoir et les FARC, après déjà 38 ans d’une sanglante guerre civile.

Fervents catholiques, les 44 millions de Colombiens vont une nouvelle fois se rendre en masse dans les églises à Noël pour prier en faveur d’une paix toujours aussi incertaine malgré la détermination du président Alvaro Uribe.

Un an plus tôt, le pays andin croyait encore en un miracle, au terme de trois ans d’un dialogue chaotique avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, marxistes), principale guérilla avec 17.000 hommes. Engagés en janvier 1999 entre le président conservateur de l’époque, Andrés Pastrana, et le septuagénaire chef des rebelles, Manuel Marulanda «Tirofijo» (dans le mille), les pourparlers étaient toutefois condamnés d’avance à la rupture par les exigences incompatibles des deux parties.

Le pouvoir attendait un cessez-le-feu de la guérilla, quand les rebelles comptaient sur une révolution préalable dans les relations sociales, avec à la clef une réforme agraire refusée par les élites.

Devenu le plus impopulaire des présidents colombiens de l’ère moderne face au jusqu’au-boutisme des rebelles, détenteurs sans contrepartie d’une zone démilitarisée grande comme la Suisse (42.000 km2), Andrés Pastrana n’avait dû sa survie politique qu’à la liquidation de ce processus le 20 février. Déjà accusées de vivre du trafic de drogue et des rançons sur l’enlèvement de civils, les FARC avaient fourni à ce président volatil l’occasion de mettre un terme à cette vaine tentative de paix avec le détournement ce jour-là d’un avion civil dans le sud du pays.

Huit cents civils, 23 politiques dont Ingrid Betancourt, ancienne candidate des Verts à la présidence, séquestrée le 23 février suivant, et 47 officiers de l’armée sont actuellement otages des FARC, spécialistes des enlèvements.

La faiblesse d’Andrés Pastrana aura fait le lit d’Alvaro Uribe, l’ancien gouverneur à poigne de Medellin (nord-ouest) élu pour lui succéder dès le premier tour de la présidentielle le 26 mai, avec 53% des voix.

Apôtre d’une lutte sans merci contre la guérilla, cet austère dissident libéral de 50 ans ans, fanatique de l’autorité dans un pays parti à vau-l’eau, est toujours considéré comme un «messie» par ses compatriotes à l’aube de 2003.

La pluie de roquettes tombée sur Bogota pendant son investiture le 7 août, pour un mandat de quatre ans, avec un bilan de 21 morts, n’a en rien entamé sa détermination à mater les FARC, accusées d’avoir déclenché cette attaque. Soutenu par les trois-quarts du pays en décembre selon les sondages, Alvaro Uribe a décrété l’état d’exception dès le 12 août, pour militariser les zones jusqu’ici sous influence rebelle, levé un impôt sur les grandes fortunes afin de doubler les effectifs de l’armée, et appelé les civils à devenir des indicateurs pour dénoncer les guérilleros.

Jusqu’ici, cette stratégie de l’affrontement, dans un pays qui a déjà connu plus de 200.000 morts depuis 1964, n’a pas été concluante, puisque les attentats urbains, pour la plupart attribués aux FARC par les autorités, se sont succédé en Colombie à une semaine de Noël, avec un bilan d’un mort et soixante-dix-huit blessés entre le 9 et le 16 décembre.

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