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Analystes et prélats se demandent aujourd'hui dans quelle mesure le scandale est enraciné dans l'Eglise, quel sera le prochain pays touché par les révélations et si une vague de procès ne va pas entraîner la faillite des diocèses européens.

Fervent pays catholique, l'Irlande a été le premier pays à briser la loi du silence avec la révélation de décennies d'abus sexuels au sein des institutions catholiques. Les plaintes se sont ensuite multipliées aux Pays-Bas, en Autriche, en Suisse et en Italie.

Des histoires d'abus physiques, sexuels et moraux circulent en privé dans la société irlandaise depuis des décennies, rapporte David Quinn, directeur de l'Institut Iona, un institut d'études chrétien, qui estime qu'elles n'ont fait surface qu'au milieu des années 90 lorsqu'un ancien enfant de choeur, Andrew Madden, et une ancienne pensionnaire d'orphelinat, Christine Buckley, ont porté plainte pour abus sexuels.

Ces révélations ont donné lieu à une vague de plaintes -plus de 15.000 dans un pays de quatre millions d'habitants- et à trois enquêtes gouvernementales qui ont profondément choqué la nation. L'Etat a dû payer un milliard d'euros dans le cadre des procédures judiciaires. Certains diocèses irlandais avouent aujourd'hui se battre pour payer l'addition, explique M. Quinn.

"Il semble falloir cet événement déclencheur, la voix isolée qui dit tout haut ce que beaucoup ont gardé secret si longtemps. C'est tout simplement ce qui arrive en Allemagne aujourd'hui. Ca pourrait arriver prochainement en Espagne, en Pologne, n'importe où", a commenté M. Quinn.

En janvier, une école jésuite à Berlin a révélé sept cas d'abus sexuels sur enfants et nommé une enquêtrice externe, Ursula Raue, pour recueillir les témoignages. En quelques semaines, celle-ci a rassemblé plus de 100 témoignages d'enfants abusés par les professeurs jésuites et 60 témoignages d'enfants abusés par des prêtres de paroisse.

"J'ai toujours pensé qu'à un moment ou un autre la vague nous atteindrait", note Petra Dorsch-Jungsberger, une ancienne professeure en communication à Munich spécialisée sur les questions de l'Eglise. "Une fois que la porte a été ouverte, beaucoup d'autres se sont sentis capables d'entrer et de dire: ça nous est aussi arrivé", ajoute-t-elle.

Ces dernières semaines, de nouvelles plaintes ont été déposées quasi quotidiennement en Allemagne, jusqu'en Bavière d'où est originaire le pape Benoît XVI et au sein même du choeur des garçons de Regensberg, longtemps dirigé par son frère.

Tous les yeux se tournent aujourd'hui vers le souverain pontife qui, lorsqu'il était archevêque de Munich de 1977 à 1982, aurait peut-être transféré certains prêtres suspects dans de nouvelles paroisses plutôt qu'entre les mains de la justice.

Le Vatican a dénoncé samedi ces tentatives visant à impliquer le pape dans les scandales des prêtres pédophiles en Allemagne, affirmant que Benoît XVI avait toujours fait face aux cas d'abus sexuels avec courage.

"C'est assez évident que ces derniers jours, certains ont tenté, avec un certain acharnement, à Regensburg et à Munich, de trouver des éléments pour impliquer personnellement le souverain pontife dans l'affaire des abus", a déclaré le porte-parole du Saint-Siège, le père Federico Lombardi.

"Le pape n'était pas différent de tout autre évêque à l'époque. La politique de l'Eglise était de garder le silence -d'aider les gens, mais d'éviter le scandale", a quant à lui estimé Fergus O'Donoghue, directeur de la publication d'une revue jésuite irlandaise. Le pire a été "le manque systématique d'intérêt pour les victimes", a-t-il estimé.

Aux Pays-Bas, une ancienne victime de l'école publique catholique, mène campagne pour que la vérité soit faite. Bert Smeets, 58 ans, a créé Mea Culpa, un groupe de victimes ayant recueilli les témoignages de plus de centaines de victimes d'abus sexuels et qui prépare une plainte collective contre l'Eglise néerlandaise. Cette dernière a présenté ses excuses aux victimes et lancé une enquête publique.

Dans d'autres pays européens très catholiques, les scandales d'abus sexuels sont limités à des cas isolés. En Espagne, plus d'une dizaine de prêtres ont été condamnés pour abus sexuels et deux cas qui pourraient se révéler de grande ampleur attirent l'attention.