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Le régime syrien est accusé de mener une politique d’"extermination" dans ses prisons, qui revient à un "crime contre l’humanité". L’accusation a été lancée lundi par des enquêteurs de l’Onu qui ont entendu 621 témoins, directs ou indirects, sur ce qui se passe, de longue date, dans les prisons syriennes.

Une fois jetés en prison, de nombreux détenus entrent dans un monde d’où ils n’ont que peu de chances de sortir. "Dans la plupart des cas, les officiels du gouvernement n’ont pas rendu le corps de la victime à la famille, ni indiqué aux proches ce qu’il est advenu de la dépouille", dit le rapport publié lundi.

Plusieurs dizaines de milliers de personnes, dont de nombreux opposants, seraient détenues dans les prisons de Damas. Des milliers ont disparu après leur arrestation, selon l’Onu.

Damas a interdit son territoire aux enquêteurs du Haut commissariat de l’Onu aux droits de l’homme (OHCHR), mais ceux-ci ont contourné la difficulté en interrogeant des proches, des gardiens de prison et environ 200 anciens détenus.

Leurs conclusions confirment le fameux rapport César, du nom d’un ancien photographe légiste de la police militaire du régime baasiste qui avait fui la Syrie en juillet 2013 avec 55 000 clichés de cadavres de détenus.

Torture et humiliation

L’Onu dénonce des cellules surpeuplées, des rations minimales, de l’eau à boire polluée, des infestations de poux mais surtout des pratiques de torture, d’humiliation et même de viol.

Un ancien détenu à la Sécurité militaire de Homs a ainsi fait état d’un homme âgé battu et pendu par les pieds. "Les gardiens lui ont brûlé les yeux avec une cigarette et transpercé son corps avec un objet métallique contondant et brûlant. Après trois heures de pendaison (par les pieds), l’homme est mort", révèle le rapport.

Les conditions de détention sont épouvantables, les détenus étant parfois obligés de se tenir debout à tour de rôle pour permettre à d’autres de s’allonger pour dormir. Dans de nombreux cas, selon l’Onu, les détenus sont obligés de boire l’eau des toilettes pour épancher leur soif.

"Le plus grand nombre des décès a eu lieu dans des lieux de détention contrôlés par la sécurité militaire", affirme l’Onu, qui souligne la responsabilité pénale des supérieurs militaires et civils.

La commission d’enquête est dirigée par le Brésilien Paulo Pinheiro et assistée de plusieurs anciens procureurs internationaux, dont Carla del Ponte, ancienne procureure du TPI pour l’ex-Yougoslavie. Cette dernière a déploré lundi à Genève que le Conseil de sécurité de l’Onu ne fasse rien, empêché par un veto russe.

Le rapport épingle aussi le Front Al-Nosra et d’autres groupes armés de l’opposition accusés de "crimes de guerre" pour des cas de torture, de mauvais traitements et de meurtres. De même, l’Etat islamique est accusé de "crimes contre l’humanité".

Le rapport est intitulé "Out of the sight, out of the mind : deaths in detention in the Syrian Arab Republic".