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Le socialiste espagnol Pedro Sanchez a prêté serment samedi comme chef d'un gouvernement qu'il doit encore former, après avoir renversé le conservateur Mariano Rajoy en faisant voter une motion de censure au Parlement. M. Sanchez, un économiste de 46 ans sans expérience du pouvoir, a prêté serment à 11h00 (09h00 GMT) devant le roi Felipe VI, et en présence de M. Rajoy, au palais de la Zarzuela, dans la banlieue nord-ouest de Madrid.

Le chef du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) doit encore nommer les membres de son gouvernement et ce n'est que quand la liste sera publiée au journal officiel qu'il pourra prendre ses fonctions, dans les jours qui viennent.

Après avoir mené son parti à deux défaites électorales cuisantes en 2015 et 2016, contraint à la démission par l'appareil du PSOE et remis en selle par les militants, Pedro Sanchez a réussi à déboulonner M. Rajoy, un vétéran de la politique de 63 ans, au pouvoir depuis 2011.

Il a déposé le 25 mai une motion de censure contre M. Rajoy au lendemain de la condamnation de son Parti Populaire dans un procès pour corruption. Une affaire de trop pour le PP, qui était jusqu'à présent sorti indemne de multiples scandales.

L'opposition s'est liguée contre M. Rajoy, lâché par ses alliés centristes de Ciudadanos et par les nationalistes basques du PNV dont il venait d'obtenir l'approbation du budget contre un demi-milliard d'euros d'investissements. La motion a été adoptée vendredi par 180 voix sur 350 à la Chambre.

"Cela a été un honneur - il n'y en a pas de plus grand - de gouverner l'Espagne", a déclaré M. Rajoy en souhaitant à son successeur de laisser comme lui le pays en meilleur état qu'il ne l'avait trouvé.

Lors de sa première prise de parole, son successeur, 1,90 m et surnommé "le beau mec", a promis d'aborder avec "humilité tous les défis auxquels le pays fait face" en citant en particulier "l'urgence sociale", alors que le chômage et la précarité minent toujours l'Espagne malgré son insolente reprise économique.

Mais il devra démontrer qu'il peut gouverner avec ses 84 députés socialistes après avoir réuni une majorité hétéroclite allant de la gauche radicale Podemos aux indépendantistes catalans et aux nationalistes basques du PNV.

Ses alliés de circonstance ont tous souligné que leur vote contre M. Rajoy n'était pas un chèque en blanc. Podemos réclame avec insistance d'entrer au gouvernement.

Selon Fernando Vallespin, politologue à l'Université autonome de Madrid, il ne pourra faire voter que les mesures "lui permettant d'obtenir une majorité facile".

"Le mieux aurait été des élections dont il serait sorti élu", a souligné Angelines García, femme au foyer de 56 ans.

M. Sanchez va entrer au gouvernement "par la porte de derrière", a raillé Rafael Hernando, patron des députés conservateurs.

M. Sanchez s'est déjà lié les mains en promettant au PNV de ne pas toucher au budget de M. Rajoy et à ses largesses financières pour le Pays basque.

Il a en outre promis aux indépendantistes catalans qu'il essaierait de "jeter des ponts pour dialoguer" avec le gouvernement régional de Quim Torra, qui prendra ses fonctions samedi à l'heure où M. Sanchez prêtera serment.

Les partis qui l'ont appuyé vont lui demander des comptes, a prédit, pessimiste, Pedro Fernandez, un retraité de 68 ans devant le Parlement. "Quand il ne fera pas ce qu'ils lui demandent, ils lui rappelleront qu'ils l'ont porté au pouvoir. Et dans cinq ou six mois, ou il y aura de nouvelles élections ou ils le renverseront".

Torra prête serment, appelle Sanchez à des pourparlers

Le président indépendantiste catalan Quim Torra, qui a prêté serment samedi à Barcelone, a appelé le nouveau Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sanchez à des pourparlers.

"Premier ministre Pedro Sanchez, parlons, occupons nous du problème, prenons des risques, vous et moi", a déclaré M. Torra, quelques minutes après que Pedro Sanchez a lui-même prêté serment à Madrid, après avoir renversé vendredi le conservateur Mariano Rajoy.

"Nous devons nous asseoir à la même table et négocier, de gouvernement à gouvernement. La situation dans laquelle nous nous trouvons ne peut continuer, même pas un jour de plus", a dit M. Torra.

L'entrée en fonction de M. Torra entraîne la levée de la tutelle imposée en octobre à cette région d'Espagne après sa tentative de sécession avortée.

Quim Torra, membre de l'aile dure de son mouvement et proche du président destitué Carles Puigdemont, était entouré, lors de la cérémonie, des 13 conseillers appelés à former son gouvernement, a constaté l'AFP.

Certains portaient du jaune, couleur de la cause indépendantiste.

Une chaise vide ornée d'un ruban jaune représentait les séparatistes catalans qui sont en prison et ceux qui comme M. Puigdemont ont fui à l'étranger.

Le gouvernement espagnol avait donné son feu vert vendredi à l'entrée en fonction du nouveau gouvernement indépendantiste catalan, après que les noms de "ministres" incarcérés ou exilés en eurent été exclus.

Madrid avait refusé le premier exécutif annoncé le 19 mai par M. Torra et qui incluait quatre ministres emprisonnés ou exilés en Belgique depuis la vaine déclaration d'indépendance du 27 octobre.

Mais le président catalan a finalement publié mardi une nouvelle liste sans ces quatre dirigeants indépendantistes. Deux sont en détention provisoire. Deux autres sont eux installés à Bruxelles et la justice espagnole, qui veut les juger pour "rébellion", réclame leur extradition.

La région du nord-est de l'Espagne était sans gouvernement depuis près de sept mois après avoir été placée sous le contrôle direct de Madrid suite à la tentative de sécession.

Les indépendantistes avaient remporté en décembre les élections régionales convoquées par Madrid, avec 47,5% des voix. Carles Puigdemont, qui attend en Allemagne de savoir s'il va être extradé vers l'Espagne, avait dû renoncer à retrouver la présidence et avait lui-même désigné comme successeur M. Torra, nouveau venu en politique issu de l'aile dure de l'indépendantisme et très critiqué pour des écrits passés offensants envers "les Espagnols".