International La fillette kurde Mawda est décédée suite à une balle perdue d'un policier alors qu'elle se trouvait avec d'autres migrants dans une camionnette. Pour la première fois, les parents reviennent sur cette tragédie qui a bousculé la Belgique.

"Depuis que j’ai perdu Mawda, la vie ne signifie plus rien pour moi. Bien sûr, nous avons encore notre fils. Il est tout ce qui nous reste. Nous devons tenir pour lui", partage le père de famille, Ali Shamdin, dans une interview exclusive signée Paris Match. A 25 ans. ce jeune homme n'espérait qu'une chose: vivre normalement et libre, "mais quelle vie lui offrons-nous ? Nous sommes depuis si longtemps sur les routes de l’exil, sans endroit où nous poser".

Pour sa femme, Amir Perhast, l’espoir est un mot qui appartient désormais au passé. "Nous rêvions d’une vie meilleure pour nos deux enfants. Tout s’est écroulé quand on a tué ma fille. L’espoir est mort avec Mawda", explique-t-elle les yeux rougis par la tristesse.

Le couple a décidé de quitter l'Irak afin de vivre librement son amour. L’oncle chez lequel Amir vivait depuis la mort de ses parents s’opposait à cette union et voulait lui imposer un mariage forcé avec son cousin. "Pendant quelque temps, on a trouvé de l’aide en Irak mais, dans cette zone de non droit, dans ce pays dévasté par la guerre, tout pouvait arriver. Le danger était permanent, on ne voyait plus d’avenir. Il n’y avait d’autre choix que de partir", indique la jeune femme.

La famille de Mawda a donc pris le chemin vers l'Europe, "vers cet endroit où nous étions persuadés que nos droits seraient respectés".

Retour sur le drame

"Nous roulions encore quand le policier a tiré. Ma femme a tout de suite constaté que le visage de Mawda était en sang", indique Ali Shamdin. "Mawda avait une blessure ouverte près du nez qui n’était pas présente avant le tir et elle perdait beaucoup de sang", précise à son tour la mère.

La camionette dans laquelle se trouvait 30 migrants a alors quitté la route. Les policiers sont directement montés dans le véhicule. "A ce moment, je venais de prendre Mawda dans mes bras. J’ai montré notre fille aux policiers. J’ai dit plusieurs fois « please, ambulance ». Personne ne nous répondait", se souvient Amir. "Un policier a pris la petite. On m’a immobilisée par une clé de bras", ajoute-t-elle.

Selon la jeune femme, l’ambulance a mis longtemps à arriver, environ trente minutes. "Alors qu’une personne parmi les policiers cherchait à réanimer la petite, j’avais déjà le pressentiment que Mawda ne survivrait pas", souffle-t-elle.

"Au moment où l’ambulance est partie, il y avait encore des pulsations. Je pleurais. Je voulais l’accompagner mais étant privée de liberté, cela ne m’a pas été autorisé", se rappelle Ali. Le lendemain, c'est un policier qui est venu leur dire que Mawda avait perdu la vie: "des policiers nous ont conduit à la morgue pour voir la dépouille de notre fille et ils nous ont dit : "C’est nous qui avons tué votre enfant. Nous sommes désolés"".

Pour la mère de famille, le premier coupable de la mort de sa fille est le policier qui a tiré. "Mais le second coupable, c’est le chauffeur !", pointe-t-elle.

Pour cette famille déchirée, la Belgique reste une terre d'accueil: "C’est ici que repose le corps de Mawda. Nous allons nous recueillir régulièrement sur sa tombe. Désormais, nous ne pouvons plus partir".

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