International Correspondant permanent à Paris

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icolas Sarkozy s’y était engagé lundi, lors de son déplacement auprès des sinistrés des inondations du week-end - qui, selon le dernier bilan, ont fait 53 morts - : l’Etat se pencherait rapidement sur l’état des digues, dont les lacunes ont été mises en lumière par la catastrophe. L’hôte de l’Elysée a tenu parole. Mercredi, le Conseil des ministres a lancé un "plan exceptionnel de reconstruction et de renforcement des digues et de prévention des submersions marines". Dans les régions sinistrées, il est vrai, la colère gronde. Mercredi encore, en visite en Vendée, le ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, a pu s’en rendre compte. Il y a été houspillé par des agriculteurs dont les exploitations avaient été submergées par les flots vu l’absence ou la défaillance des digues.

Le gouvernement a donc prié l’administration de lui remettre, dans les deux mois, un rapport recensant précisément les digues et lieux menacés, ce qui passera notamment par "un travail fin et localisé pour déterminer les maîtres d’ouvrage et exploitants de toutes les digues dans les zones à risque". Il est également prévu de "renforcer la prise en compte du risque dans les règles de constructibilité derrière les digues". Les experts sont aussi priés de se prononcer sur "la pertinence de la construction de digues en dehors des zones urbanisées". Suivra de ces travaux une liste de réfections prioritaires des digues existantes, financées sur une durée de cinq ans.

Le chantier est d’ampleur. Selon les estimations, la France compte entre 7 500 et 10000 kilomètres de digues fluviales ou côtières. Rien que la largeur de cette fourchette en dit long sur la méconnaissance de ce patrimoine et donc de son état. Nombre de ces digues remontant à Napoléon voire au-delà, c’est peu dire qu’elles sont susceptibles de travaux de réfection. Comme les experts chiffrent à un million d’euros le coût de la réfection d’un kilomètre de digue, l’addition sera lourde. Rien qu’en Vendée, les autorités locales jugent que, depuis dimanche, 30 kilomètres de digues sont complètement à refaire. Tandis qu’en Charente maritime, la préfecture a déjà évalué à 135 millions d’euros les travaux de colmatage et de renforcement de ces ouvrages.

Assez curieusement, ces derniers jours, la question de la sécurité des barrages n’a pas été remise à l’avant-plan par les politiques ou les médias. Or, s’agissant de risques d’inondation d’une ampleur potentiellement catastrophique, les barrages ne sont pas hors sujet. Pour mémoire, en décembre 1959, le barrage de Malpasset, situé sur les hauteurs de Fréjus (Var), s’était rompu, ses 50 millions de m3 d’eau engloutissant une vallée et tuant 423 personnes - la plus grande catastrophe civile du XXe siècle.

Les barrages sont-ils globalement en meilleur état que les digues ? La question mérite d’être posée.

Début 2006, une vanne du barrage de Tuilières (Dordogne), rongée par la rouille, avait cédé en pleine nuit et libéré 5 millions de m3 d’eau et de boue, multipliant par quatre pendant cinq heures le débit de la Dordogne. Aucune victime n’avait été déplorée, mais les syndicats d’EDF, furieux, avaient mis l’incident sur le compte d’une baisse récurrente des budgets d’entretien du parc de production hydroélectrique. Début 2007, fuitait dans les médias un rapport confidentiel montrant que 200 des 450 retenues gérées par EDF étaient dans un état préoccupant en termes de sécurité. L’électricien en avait été quitte pour débloquer en urgence un budget de 560 millions pour des travaux de rénovation. Et un an plus tard, un rapport parlementaire alarmait cette fois sur l’état non des retenues géantes d’EDF, mais des centaines de petits barrages gérés par des sociétés privées. Qui étaient jugés "très mal contrôlés", "vieillissants et mal entretenus", pouvant "rompre à tout moment".