L’Etat trop coulant avec la mafia ?

Eric Jozef Correspondance particulière Publié le - Mis à jour le

International

Un ex-ministre de l’Intérieur et son collègue de la Justice sont sous le coup d’une enquête pour faux témoignage. L’actuel président de la République, Giorgio Napolitano, est accusé par une partie de la presse de s’être intéressé de trop près à leur sort judiciaire Le 19 juillet 1992, le juge Paolo Borsellino était assassiné par la Cosa Nostra, quelques semaines après l’attentat à la bombe qui coûta la vie à Giovanni Falcone. Vingt ans plus tard, la cérémonie de commémoration se prépare dans un climat délétère.

"Je ne pardonne pas les représentants des institutions qui n’ont pas le sens de la honte et ne savent se défendre qu’en se déclarant innocents comme le font ceux qui se sont couverts de crimes horribles", a récemment déclaré Agnese Piraino Borsellino, la veuve du magistrat antimafia. A l’origine de ce cri d’indignation : les supposées négociations entre l’Etat italien et la Pieuvre.

Selon les magistrats siciliens, au lieu de combattre sans relâche et avec détermination les parrains qui ont semé la mort entre 1992 et 1993 en multipliant les attaques à la voiture piégée - notamment à proximité du musée des Offices à Florence -, des représentants des institutions auraient cédé aux revendications mafieuses pour faire cesser le massacre, voire, pour certains, en tirer des avantages politiques.

Ce n’est ni le cas du chef de l’Etat ni celui de l’ancien ministre de l’Intérieur Nicola Mancino. Mais le parquet de Palerme semble convaincu qu’au sommet du pouvoir tout n’est pas mis en œuvre pour faire émerger la vérité.

La position de l’ancien garde des Sceaux du gouvernement Amato, Giovanni Conso (photo), est plus délicate. Celui-ci aurait facilité la situation pénitentiaire de nombreux mafieux, conformément aux requêtes de Toto Riina, le sanguinaire chef corléonais. Au total, entre l’été et l’automne 1993, 474 membres des clans ont été discrètement sortis du système d’isolement carcéral mis en place par Giovanni Falcone, avant sa mort, pour éviter que les parrains ne puissent continuer à dicter leurs ordres depuis la prison.

L’information n’a filtré qu’au bout de plusieurs années d’enquêtes. "De cette manière, j’ai évité d’autres massacres", a reconnu Giovanni Conso, qui a toutefois nié "toute négociation". Et d’affirmer qu’il a pris cette décision "en totale solitude, sans informer personne, ni le Conseil des ministres ni le président du Conseil".

Une réalité dont doutent les procureurs qui estiment au contraire qu’il y a bien eu tractations à l’insu de l’opinion publique. "Nous ne prétendons faire de procès politique ou historique à personne", a assuré le substitut du procureur de Palerme, Antonio Ingroia, notant toutefois que "le seul fait qu’il y ait une enquête dérange".©Libération

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