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Le bras droit de Nicolas Sarkozy a été caillassé. Lundi soir, Henri Guaino, le très influent conseiller spécial du Président, a improvisé une visite de terrain en banlieue parisienne, pour voir la situation y régnant. A Montfermeil (Seine Saint-Denis), la voiture de police dans laquelle il avait pris place a essuyé des jets de pierres. Pour disperser la quarantaine de jeunes qui les assaillaient et pouvoir reconduire à bon port leur éminent passager, les policiers ont dû faire usage de balles de défense.

Il s’agit du énième incident en date dans les quartiers populaires de la banlieue de Paris, où la tension s’est accrue ces derniers temps. Caillassages, agressions de policiers, heurts entre forces de l’ordre et jeunes, rixes entre bandes rivales ou accusations de bavures : on ne compte plus, ces dernières semaines, les incidents dans cette banlieue. Qui, en 2005 puis en 2007, connut de violentes émeutes après la mort accidentelle de jeunes confrontés à des policiers à Clichy-sous-Bois (Seine Saint-Denis) et à Villiers-le-Bel (Val d’Oise).

Dans cette dernière ville y compris, un regain de tension a été constaté. A l’autre bout de la banlieue de Paris lundi, à Corbeil-Essonnes (Essonne), 25 habitants de la cité des Tarterêts ont porté plainte contre la police. La veille, la fête de quartier, bondée d’enfants, à laquelle ils participaient avait été la cible de tirs nourris de grenades lacrymogènes - un dégât collatéral semble-t-il de heurts opposant jeunes et policiers non loin.

Les habitants des Tarterêts se sont plaints d’être victimes d’un "manque de respect" de la part de policiers. En banlieue, ce terme recouvre notamment les "contrôles au faciès" : les opérations de vérification d’identité qui seraient menées à la tête du client et notamment selon des critères ethniques. Mardi, hasard de l’actualité, une étude universitaire est venue, pour la première fois, illustrer ce vieux grief reproché aux policiers par les jeunes des quartiers sensibles, qui le dénomment aussi "délit de sale gueule". Ainsi, selon deux chercheurs du CNRS ayant enquêté sur plus de 500 contrôles d’identité opérés à Paris pendant plusieurs mois, "ces pratiques policières sont fondées principalement sur la couleur de la peau, et non pas sur le comportement des intéressés comme l’impose le droit". D’après leurs relevés, les membres des minorités visibles (tout comme les jeunes adoptant une certaine tenue vestimentaire) ont jusqu’à dix fois plus de probabilités d’être contrôlés que les blancs. Dès lors, le comportement de la police "peut être assimilé au profilage racial". Mardi, toutefois, des syndicats policiers ont jugé ce constat "moyennement convaincant". Vu singulièrement la composition particulière de la population de ces quartiers populaires, où ici aussi les minorités ethniques sont surreprésentées.

L’appartenance à un groupe et l’apparence peuvent-elles légitimement fonder le soupçon ? C’est notamment ce que refuse la kyrielle d’opposants (politiques, syndicaux ou associatifs) à la proposition de loi sur les bandes, qui est actuellement en discussion au Parlement. Celle-ci punit le fait de participer à un groupement, même formé de façon temporaire, dans le but de commettre des violences contre les personnes ou les biens. Selon les opposants à ce texte, tout comme selon maints juristes, cette suspicion d’intention ciblera en premier lieu certaines catégories de la population comme les habitants des quartiers populaires et les jeunes. En outre, s’appuyant non sur des actes préparatoires et avérés de violence mais sur une intention présumée, elle portera en germe un arbitraire judiciaire et policier.