L’Europe scrute le scrutin grec

Stéphanie Grofils Publié le - Mis à jour le

International

Sortira ? Sortira pas de l’union monétaire ? Ce dimanche, le scrutin grec pourrait en décider. Les élections législatives en Grèce sont en effet susceptibles de déterminer le maintien ou non de la Grèce dans l’union monétaire. L’Europe retient son souffle. Elle espère que les Grecs voteront pour les partis favorables au mémorandum européen (le programme d’ajustement que la Grèce et ses bailleurs de fonds internationaux ont convenu en mars). Et met la pression sur les urnes grecques pour éviter le scénario catastrophe, qu’on ne peut plus écarter.

Certains Etats membres, même favorables au maintien du pays dans la zone euro, estiment qu’Athènes devra abandonner la monnaie unique si elle ne tient pas les engagements qu’elle a pris - ou qu’on l’a sommée de prendre - en échange du second plan d’aide financière. Et depuis la fin mai, plusieurs responsables européens reconnaissent, plus ou moins ouvertement, l’existence de plans d’urgence, au sein d’Etats de la zone euro, au cas où

Pourtant, 87 % des Grecs, selon les sondages, veulent que leur pays reste dans l’union monétaire. C’est aussi le souhait de la majorité des partis politiques grecs, qui se distinguent selon leur position pour ou contre l’austérité. D’un côté, la Nouvelle Démocratie, parti de centre-droit d’Antonis Samaras (en tête dans les sondages officieux), soutient la politique de rigueur, mais souhaite renégocier le plan d’ajustement. De l’autre, la Coalition de la gauche radicale (Syriza), et son leader Alexis Tsipras, donné vainqueur, veut carrément en fini avec un "mémorandum" signé par les partis traditionnels "soumis au diktat des créanciers".

Quel choix feront les Grecs ? Et quelles seront les conséquences des résultats du scrutin ? Xavier Vanden Bosch et Stijn Verhelst, de l’Institut royal des relations internationales Egmont, ont envisagé quatre scénarios post-électoraux :

1 Le programme d’ajustement est maintenu, tel qu’il a été convenu avec la Commission européenne, la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI). Ce plan de rigueur, essentiellement basé sur des coupes budgétaires, risque d’approfondir la récession économique en Grèce. Et d’accroître encore son impopularité auprès des Grecs, rendant sa mise en œuvre politique d’autant plus difficile. Même si le scénario se matérialise, sa longévité est improbable.

2 Le programme d’ajustement est modifié, ou "complété" par de nouvelles mesures : étaler les réformes dans le temps, miser sur la croissance, progresser vers les instruments de solidarité (les euro-obligations), une nouvelle restructuration de la dette. Un programme de croissance et une solidarité accrue auraient des effets clairement positifs, tant sur les marchés que sur les Grecs. Le risque ? Que les pays sous assistance y voient la possibilité d’assouplir leur plan de rigueur (le Portugal). Et que d’autres soient tentés de lever le pied dans leur processus de consolidation budgétaire. Mais les dirigeants européens ne semblent pas disposés - officiellement - à renégocier le programme d’ajustement.

3 Le plan d’ajustement est abandonné, mais la Grèce reste dans la zone euro : Afin de maintenir la Grèce dans la zone euro et de prévenir un défaut, la troïka pourrait accepter temporairement de maintenir le soutien financier. Mais la situation ne serait pas viable au-delà de quelques mois. Une solution à moyen terme plus stable serait alors nécessaire : voir scénario 2 ou 4.

4 Le programme d’ajustement est abandonné et la Grèce quitte la zone euro : Au-delà des problèmes juridiques et pratiques, cela aurait des conséquences économiques considérables s’étendant bien au-delà de la zone euro. Le secteur financier et les finances publiques seraient particulièrement touchés, directement et indirectement. Dans le pire des cas, une sortie de la Grèce serait le premier domino conduisant à un éclatement de la zone euro. Un scénario peu probable, dans la mesure où les dirigeants européens, et une majorité de Grecs, souhaitent que le pays reste dans la zone euro.

Le seul scénario viable, pour l’Institut Egmont, reste celui d’une modification "intelligente" du programme d’ajustement actuel (le scénario 2).

Publicité clickBoxBanner