International

L'ex-roi Michel 1er de Roumanie, décédé mardi à l'âge de 96 ans, a incarné le destin tragique de son pays au 20e siècle, pris dans la tourmente de la Seconde guerre mondiale puis happé par le communisme.

Atteint d'un cancer et d'une leucémie, l'ex-monarque est mort dans sa résidence d'Aubonne, en Suisse, où il était retourné se faire soigner l'an dernier, selon sa famille.

Cet arrière-arrière-petit-fils de la reine Victoria était, avec le roi Siméon II de Bulgarie, l'un des deux derniers survivants parmi les chefs d'Etat de la Seconde guerre mondiale.

Né le 25 octobre 1921 à Sinaia (120 km au nord de Bucarest), Michel 1er règne à deux reprises : entre 1927 et 1930, puis entre 1940 et 1947, date à laquelle il est contraint à l'abdication et à l'exil par le nouveau pouvoir communiste. Cet épisode marque la fin de la monarchie pour ce pays des Balkans.

Grand et svelte, les yeux bleus clairs et l'allure aristocratique, l'ex-roi n'en a pas moins longtemps nourri le rêve de "servir à nouveau (son) peuple" et de remonter sur le trône.

Il s'était toutefois résigné, amer, à l'idée que "nul ne peut faire de miracle", après que les autorités post-communistes lui eurent signifié leur refus de le voir revenir dans le pays après la chute du régime en 1989.

Monté une première fois sur le trône à l'âge de 5 ans en 1927, Michel 1er doit céder celui-ci à son propre père, Carol II, après trois ans de régence.

Choyé par sa mère, Hélène de Grèce, et tenu à l'écart de la vie publique par son père, il est appelé à nouveau sur le trône en 1940 à 19 ans par le maréchal pro-nazi Ion Antonescu, qui contraint Carol II à l'exil.

Le jeune homme inexpérimenté se métamorphose peu à peu, parvenant à faire arrêter le "Conducator" le 23 août 1944, un acte qui permet à la Roumanie de rejoindre in extremis le camp allié.

De plus en plus isolé, alors que le pays est devenu un satellite de l'Union soviétique, le monarque est toutefois contraint d'abdiquer le 30 décembre 1947 et de partir en exil.

'Roi mécanicien'

Réfugié en Grande-Bretagne puis en Suisse, il épouse en 1948 Anne de Bourbon-Parme, morte en août 2016. Le couple a cinq filles. Durant son exil, Michel est contraint selon ses biographes d'exercer divers métiers - dont celui de mécanicien - pour faire vivre sa famille.

A la chute du dictateur Nicolae Ceausescu, en décembre 1989, il tente à plusieurs reprises de revenir dans son pays natal, mais se heurte à un refus catégorique du nouveau président, Ion Iliescu, ancien haut responsable communiste, qui l'accuse de "saper le régime républicain".

L'ex-roi, descendant de la dynastie de Hohenzollern-Sigmarignen, doit attendre l'arrivée au pouvoir des chrétiens-démocrates, fin 1996, pour recouvrer sa citoyenneté roumaine et pouvoir multiplier les visites dans le pays.

En 1997, lorsque Bucarest lance une vaste offensive diplomatique afin de rejoindre l'Otan et l'Union européenne, il s'engage à devenir "l'avocat de la Roumanie auprès des monarchies européennes". Il se voit rétrocéder plusieurs anciennes propriétés royales.

Après s'être rapproché des sociaux-démocrates à nouveau au pouvoir, l'ex-roi s'installe finalement en 2002 dans la capitale roumaine, où il mène une vie discrète, ne faisant que de brèves apparitions en public.

En 2011, à l'occasion de son 90e anniversaire, il sort toutefois de sa réserve lors d'un discours devant le Parlement, où il dénonce "la démagogie et le souhait de s'accrocher au pouvoir".

Aux critiques qui lui avaient reproché d'avoir pactisé avec la gauche qui l'avait dans un premier temps empêché de rentrer en Roumanie, Michel avait rétorqué : "Depuis plus de 60 ans, je suis toujours resté seul dans les moments cruciaux. (...) Alors, je pense qu'il n'y a pas une seule personne au monde qui ait le droit moral de me demander des comptes".

Il avait annoncé en mars 2016 son retrait de la vie publique au profit de sa fille aînée Margareta (66 ans).