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J’assume le mandat du peuple catalan pour que la Catalogne devienne un Etat indépendant en forme de république", a solennellement proclamé Carles Puigdemont, président de la Catalogne. La foule indépendantiste qui manifestait à l’extérieur du bâtiment - plusieurs milliers de personnes fixées devant deux grands écrans de télévision - a éclaté en applaudissements. Mais Puigdemont douchait la joie de beaucoup en rajoutant très vite : "Mais je demande à ce parlement de suspendre la déclaration d’indépendance pour entreprendre un dialogue dans les prochaines semaines". Face à la multiplication des pressions de toutes sortes - politiques et économiques, internes, de Madrid et de Bruxelles - Puigdemont a cédé tout ce qu’il pouvait céder : la déclaration d’indépendance unilatérale (DUI) "immédiate" n’a donc pas eu lieu.

Préalablement, des dissensions au sein des partis qui soutiennent Puigdemont, l’ont contraint à retarder de plus d’une heure son discours. Et devant les termes flous de la DUI, le malaise des députés de la CUP (extrême gauche indépendantiste) était perceptible. Pour certains membres de ce parti la déclaration de Puigdemont était purement et simplement "une trahison inadmissible". Or, la majorité catalane ne peut se passer des élus de la CUP sous peine de perdre sa majorité.

Dans son discours, Puigdemont a rappelé que les désaccords avec Madrid se sont développés à partir de la réforme du Statut d’autonomie, que le parlement de Barcelone avait approuvé en 2005 : "83 pour cent de nos députés l’ont voté". Le Tribunal constitutionnel l’avait largement retouché et le parti populaire (PP, droite) de Rajoy a entrepris une campagne pour bloquer cette auto-réforme catalane, soutenue alors par le chef de gouvernement socialiste, José Luis Rodriguez Zapatero.

Malgré la marche arrière de Puigdemont, évitant la version directe de la DUI, les premières réactions du gouvernement de Rajoy se sont situées entre le refus et la stupéfaction : "Il fait une déclaration d’indépendance explicite et ensuite il déclare sa suspension de façon explicite", selon l’expression d’un membre de la majorité à Madrid. Pour Rajoy, qui doit se présenter ce mercredi au Congrès des députés espagnols, on ne peut accepter les résultats que Puigdemont a proclamé : plus de 2,26 millions de bulletins, 90 pour cent de "oui". Pour le "front constitutionnaliste", le référendum demeure illégal.

Puigdemont semble donc avoir été sensible à certains dirigeants européens, notamment le président du Conseil de l’UE, Donald Tusk, qui l’avait sommé de "ne pas annoncer une décision qui rendrait le dialogue impossible". Pourtant, la médiation internationale tant demandée par les institutions indépendantistes n’est pas en vue.

Critiques au parlement catalan

A Barcelone, dans la tribune du parlement régional, Miguel Iceta, du PSC (parti des socialistes catalans), a mis en avant les chiffres du référendum : "Ce n’est que 38,47 pour cent des électeurs de Catalogne". Un peu plus loin, Inés Arrimadas, de Ciutadans (libéraux anti-indépendantistes), d’origine andalouse, a montré son passeport à Puigdemont pour lui dire qu’elle lutterait pour éviter que sa famille soit obligée d’utiliser ce document pour lui rendre visite à Barcelone.

Toujours de la tribune, Ana Gabriel, députée de l’extrême gauche indépendantiste a demandé durement à Puigdemont : "Vous voulez négocier avec qui ?"

Le discours de Puigdemont ne solutionne rien mais la tragicomédie qui s’est déroulée, ce mardi soir à Barcelone, a surtout démontré que la majorité de Puigdemont était au bord de la rupture après dix jours d’une crise majeure. Il n’est pourtant pas encore question d’élections régionales anticipées.