L’interdiction de la circoncision fait un tollé

Marcel Linden Correspondant en Allemagne Publié le - Mis à jour le

International

Réunie à Berlin, la Conférence des rabbins d’Europe a fortement critiqué le jugement du tribunal de grande instance de Cologne contre la circoncision. " Une interdiction mettrait en cause l’existence de la communauté juive en Allemagne" , a averti le rabbin de Moscou, Pinchas Goldschmidt. Il voit dans le jugement " une des plus graves attaques contre la vie juive en Europe depuis l’Holocauste ".

Le rabbin a exprimé l’espoir qu’une loi allemande autoriserait la circoncision de garçons pour des raisons religieuses. Visiblement irrité, il a comparé l’attitude de la justice d’un Etat de droit avec l’interdiction de l’égorgement d’animaux selon le rite juif dans l’Allemagne national-socialiste, " interdiction qui aurait signifié aux juifs de quitter le pays ". Il a martelé que "les juifs vivent depuis mille ans en Allemagne, mais jamais le pouvoir n’a interdit la circoncision ". Ce qu’il n’a pas dit, c’est que les nazis ont toléré la circoncision pour mieux marginaliser et exterminer les juifs.

Le rabbin de Dortmund, Avichai Appel, a fait, lui, état d’une grande préoccupation dans la communauté juive allemande. Mais il a relevé la solidarité des autres religions, indiquant que, la semaine prochaine, des représentants juifs rencontreraient à Stuttgart des membres de la Conférence épiscopale catholique, du Conseil central des musulmans et de l’organisation islamique turque Ditib.

Sur les quatre-vingt-deux millions d’habitants du pays, environ vingt-sept millions sont catholiques, vingt-sept millions protestants, quatre millions musulmans, 100 000 juifs et les autres sans confession.

Le rabbin Appel a ajouté que les personnes juives effectuant les circoncisions fonderaient une association pour mieux documenter la qualité de leur travail. Pour des raisons médicales, beaucoup de parents musulmans et juifs préfèrent confier l’intervention à des médecins. Ceux-ci sont grandement préoccupés. Ainsi, l’hôpital juif de Berlin, qui normalement effectue plus de mille circoncisions par an, y a mis fin après la publication du jugement il y a quinze jours. L’ordre médical a conseillé à ses membres de renoncer aux circoncisions " à cause de la situation juridique incertaine ". Cependant, le Hartmannbund de Basse-Saxe, organisation représentant les médecins des hôpitaux, s’insurge contre "la pénalisation d’une action religieuse de minorités, qui signifie la pire marginalisation imaginable ".

Les juges de Cologne avaient interdit la circoncision au nom de l’intégrité physique garantie par la Constitution. Après deux semaines d’hésitations, le gouvernement Merkel a réagi. Selon le porte-parole officiel, Steffen Seibert, le jugement a créé un climat d’insécurité juridique qu’il faut combattre. Face aux protestations des juifs et musulmans, il a dit que la liberté religieuse est un "acquis important" et assuré que, "pour tout le gouvernement c’est tout à fait clair : nous voulons une vie juive et musulmane en Allemagne".

Le ministère de la justice, aux mains de la libérale Sabine Leutheusser-Schnarrenberger, a annoncé un examen pouvant aboutir à un texte de loi acceptant la circoncision. Les sociaux-démocrates et les verts, opposés à une pénalisation, ont dit qu’ils approuveraient une loi correspondante. Pour le cardinal Reinhard Marx, archevêque de Munich, à l’avenir des garçons pourront être circoncis pour des raisons religieuses en Allemagne. "Le jugement de Cologne, a-t-il dit, n’est pas le dernier mot."

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