L'Iran accuse l'Occident d'être à l'origine de l'échec de la mission Annan

afp Publié le - Mis à jour le

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Le ministre iranien des Affaires étrangères Ali Akbar Salehi a accusé l'Occident, notamment les Etats-Unis, d'être à l'origine de l'échec de la mission du médiateur international Kofi Annan en Syrie, pays en proie à un Le ministre iranien des Affaires étrangères Ali Akbar Salehi a accusé l'Occident, notamment les Etats-Unis, d'être à l'origine de l'échec de la mission du médiateur international Kofi Annan en Syrie, pays en proie à unconflit sanglant depuis plus de 16 mois.

"L'Occident et certains pays de la région ne voulaient pas que Annan réussisse dans sa mission. A chaque fois qu'il cherchait à résoudre la crise, l'Occident créait des obstacles", a dit M. Salehi, dont le pays est un allié du régime de Bachar al-Assad, cité par l'agence officielle IRNA.

Selon lui, la démission de M. Annan de son poste d'émissaire de l'ONU et de la Ligue arabe pour la Syrie, annoncée jeudi, est due à l'intransigeance des Etats-Unis au sein du Conseil de sécurité de l'ONU et non à celle de Moscou et Pékin, également des alliés du régime syrien, comme Washington l'a affirmé.

"L'absence d'unité au Conseil de sécurité évoquée par M. Annan ne concernait pas la Russie ou la Chine. Les Américains ont détourné (cette accusation) pour la mettre sur le dos (de Moscou et Pékin) et cherchent à imposer leurs propres idées car ils ne veulent pas dire la vérité", a dit M. Salehi.

Le plan de paix de M. Annan a été accepté par la Syrie et d'autres pays régionaux mais, selon le ministre iranien, les Etats soutenant les rebelles "n'ont pas permis à M. Annan de réussir dans la mise en application de son initiative".

Il a émis l'espoir que le successeur de M. Annan travaillera de manière "indépendante" comme l'avait fait ce dernier, et averti que tout médiateur qui s'alignerait sur les Occidentaux "échouerait, car l'autre partie ne voudra pas coopérer avec lui".

La Chine "regrette" la démission de Kofi Annan

La Chine a "regretté" vendredi la démission de Kofi Annan et assuré que Pékin allait continuer de "travailler à une solution politique" au conflit.

"La Chine exprime ses regrets à propos de la démission de Kofi Annan. Nous comprenons la difficulté du travail de médiation de Annan et respectons sa décision", a indiqué un communiqué du ministère chinois des Affaires étrangères.

Les Etats-Unis ont accusé jeudi la Chine et la Russie d'être responsables de la démission de Kofi Annan en raison du blocage systématique qu'ils ont opposé aux projets de résolution pour sortir de la crise au Conseil de sécurité de l'ONU. La Russie et la Chine ont bloqué trois résolutions au Conseil de sécurité qui prévoyaient des sanctions contre la Syrie.

Après 5 mois d'efforts infructueux, Kofi Annan a fustigé le manque de soutien des grandes puissances à sa mission. "J'ai fait de mon mieux", a déclaré M. Annan à la presse à Genève, mais "la militarisation croissante sur le terrain et le manque évident d'unité au sein du Conseil de sécurité ont fondamentalement changé les circonstances pour l'exercice effectif de mon rôle". "Je n'ai pas reçu tous les soutiens que la cause méritait", a-t-il poursuivi.

La chef de la diplomatie américaine, Hillary Clinton, a remercié jeudi M. Annan d'avoir assumé la "lourde tâche" de tenter d'établir une transition politique pacifique, pointant le blocage du Conseil de sécurité qui a privé le médiateur des "outils nécessaires pour faire avancer sa cause".

Le Conseil de sécurité de l'ONU n'a jusqu'à présent pas réussi à faire pression sur les protagonistes du conflit syrien, et en premier lieu sur Damas, à cause de l'obstruction systématique de Moscou et Pékin, qui ont mis leur veto à trois reprises à des projets de résolutions occidentaux au Conseil.

Dans un communiqué, Mme Clinton a souligné que Kofi Annan avait "travaillé sans relâche à la construction d'un consensus", et assuré une fois plus les Syriens du soutien des Etats-Unis. "Nous restons attachés à la mise en oeuvre d'une transition politique rapide telle que conçue par le plan Annan".

Plus tôt, la Maison blanche avait rendu Moscou et Pékin responsables de l'échec de M. Annan, jugeant les veto russo-chinois "hautement regrettables". Pour le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, cette démission "illustre l'impasse dramatique du conflit syrien": "L'urgence d'un cessez-le-feu, du départ (du président syrien) Bachar al-Assad et d'une transition politique (...) est plus pressante que jamais".

Saluant le travail de M. Annan, le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague a quant à lui souligné que son plan "offrait toujours la meilleure chance" de restaurer la paix.

Le ministre allemand des Affaires étrangères Guido Westerwelle a de son côté déclaré regretter la décision de Kofi Annan de démissionner. Il a jugé que si son plan de paix avait échoué, c'était "surtout parce que le régime Assad n'avait pas tenu sa parole de respecter l'accord". "Il est plus que temps que la Russie et la Chine arrêtent de le couvrir", a-t-il dit.

Le président russe Vladimir Poutine a, lui, qualifié cette démission de "très regrettable", estimant toutefois qu'elle ne devrait pas décourager les efforts pour trouver une solution diplomatique au conflit. Damas a de son côté accusé les "Etats qui cherchent à déstabiliser la Syrie" d'avoir "entravé" la mission Annan.

M. Annan avait proposé un plan en six points prévoyant une cessation des combats et une transition politique. Mais ce plan n'a jamais été appliqué. La "transition" signifie que Bachar al-Assad doit "tôt ou tard" partir, a-t-il affirmé jeudi.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon avait auparavant annoncé que M. Annan quitterait son poste le 31 août. M. Ban a entamé des consultations avec son homologue de la Ligue arabe, Nabil al-Arabi, pour "nommer rapidement un successeur" car, selon lui, le plan Annan "reste le meilleur espoir pour le peuple de Syrie".

A l'ONU, l'ambassadeur français Gérard Araud a déclaré, lors d'une conférence de presse, qu'il faudrait lui trouver un successeur, ajoutant simplement que "des noms (circulaient)".

Il a aussi déclaré "qu'à (son) avis", la mission des observateurs sur le terrain en Syrie "disparaîtra" à la fin de son mandat le 19 août.

Depuis le dernier veto russe et l'extension des combats à Damas et Alep (nord), des diplomates à l'ONU ne cachaient pas en privé que "la mission Annan était morte". Anticipant la démission de M. Annan, nommé le 23 février, un diplomate confiait il y a quelques jours: "Ce ne sera pas une surprise, on lui a confié une mission impossible".

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