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L’Iran pourrait disposer de sa première bombe nucléaire en 2009, ont estimé cette semaine deux experts américains réputés en ajoutant qu’en quelques années ce pays pourrait ensuite être capable de produire 25 à 30 bombes par an.

Dans une étude publiée jeudi, les deux experts de l’Institut pour la science et la sécurité internationale à Washington, son président, David Albright et son directeur adjoint Corey Hinderstein, examinent les obstacles techniques que les spécialistes atomiques de l’Iran auront à régler pour se lancer dans la production d’uranium hautement enrichi par la méthode retenue par ce pays, l’ultracentrifugation.

L’Iran a cette semaine levé les scellés de trois centres de recherche nucléaire dans le but d’entreprendre des activités d’enrichissement d’uranium à Natanz, selon le directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Mohamed ElBaradei.

Cette initiative a entraîné un vif émoi dans le monde. Chargée des pourparlers avec Téhéran dans cette crise, la troïka européenne (France, Allemagne, Grande-Bretagne - UE3) a réagi jeudi en déclarant qu’elle cessait ses négociations avec l’Iran, et choisissait désormais la voie du Conseil de sécurité de l’Onu pour l’empêcher de se doter de l’arme nucléaire.

«Il est difficile de prédire combien de temps il faudra à l’Iran pour acquérir l’arme nucléaire si telle est son intention. La clé, ajoutent les deux experts, réside dans les progrès de leur programme de centrifugeuses ».

Si l’on se base sur les rythmes de production antérieurs de 70 à 100 de ces machines par mois, «l’Iran pourrait avoir sa première arme nucléaire en 2009 », disent-ils.

Les deux experts notent toutefois que les avis divergent parmi les analystes, et que dans une étude récente les services de renseignements américains avaient estimé qu’il faudrait dix ans à l’Iran pour rejoindre le club des puissances nucléaires.

Selon les deux experts, l’Iran a installé fin 2003 à Natanz une batterie de 164 centrifugeuses et procédé à des tests sur une petite batterie de 19 machines, durant lesquels les Iraniens avaient rencontré plusieurs problèmes.

Selon l’AIEA, environ 30% des centrifugeuses avaient été endommagées à la fin des tests. En outre, ajoutent les experts, depuis l’interruption de ces activités en novembre 2003, certaines des installations ont pu souffrir de corrosion.

Des tests à petite échelle pourraient reprendre rapidement, mais la mise en route de l’ensemble de la batterie demandera au moins deux mois et «il faudra environ ensuite six mois à un an à l’Iran pour prouver le succès de cette batterie », à condition que de nouveaux problèmes techniques ne viennent pas retarder ce calendrier, estiment les deux experts.

Une fois ces tests grandeur nature achevés, l’Iran pourrait alors augmenter son parc de centrifugeuses, ajoutent-ils en précisant que l’usine de Natanz est en mesure d’abriter six batteries de 164 machines chacune, soit un millier de centrifugeuses. Mais, sans modification majeure, l’usine ne sera pas en mesure de produire des quantités importantes d’uranium hautement enrichi à usage militaire, précisent-t-ils.

Selon eux, l’Iran a indiqué à l’AIEA qu’il comptait entreprendre des opérations à l’échelle industrielle dans l’une des autres usines d’enrichissement, où il pourrait installer jusqu’à 50.000 centrifugeuses par batteries de 3.000 pour produire de l’uranium faiblement enrichi.

Il lui suffirait alors d’installer 1.500 centrifugeuses configurées pour l’extraction d’uranium hautement enrichi pour fabriquer une bombe nucléaire par an, ajoutent-ils. L’usine pourrait alors produire 500 kilos d’uranium hautement enrichi «soit assez pour 25 à 30 bombes par an », estiment les deux experts.